Accueil/Leçons/Leçon 5

Application au gaz parfait

Application du premier principe aux transformations du gaz parfait.

Gaz parfaitDétente de Joule-Gay-LussacLoi de JouleTransformations isothermesTransformations isochoresTransformations isobaresTransformations adiabatiquesDiagrammes de ClapeyronCycles moteursCycles récepteurs

Le premier principe a jusqu'ici été formulé sans supposer de modèle particulier pour le système. Pour un système fermé dont les énergies cinétique et potentielle macroscopiques ne varient pas, il s'écrit

ΔU=Q+W.\Delta U=Q+W.

Cependant, cette relation ne suffit pas pour calculer ΔU\Delta U, de la même façon que la seconde loi de Newton ne prédit pas l'évolution d'un système tant que les forces qui s'exercent sur lui ne sont pas connues. Il nous faut donc encore caractériser le système à l'étude : nous allons maintenant le faire pour le gaz parfait.

1. Les équations d'état du gaz parfait

Une première équation d'état du gaz parfait est

PV=nRT.\boxed{PV=nRT}.
(1)

Comme on l'a vu à la Leçon 2, cette relation est le résultat d'une longue histoire de considérations expérimentales. Elle ne nous dit rien en soi de l'énergie interne du gaz. Pour cela, d'autres expériences sont nécessaires. La section suivante, qui peut être passée en première lecture, montre la démarche expérimentale conduisant à l'autre formule clé du gaz parfait :

U(T,n)=ncVT+U0(n)\boxed{U(T,n)=n c_V T+U_0(n)}
(2)

où cVc_V est une constante sur laquelle nous reviendrons et U0(n)U_0(n) un terme de référence indépendant de la température. Notez dès à présent que le formalisme thermodynamique ne permet pas de dériver ces équations d'état. En revanche, la physique statistique permettra de les retrouver à partir d'un modèle microscopique.

1.1. La détente de Joule-Gay-Lussac

L'expérience clé consiste à observer la détente d'un gaz dans le vide. En pratique, on utilise un gaz suffisamment dilué pour réduire les interactions entre molécules et s'approcher ainsi du modèle du gaz parfait. Une enceinte rigide et calorifugée est séparée en deux compartiments. Le premier contient le gaz à l'équilibre et le second est vide. On retire la paroi qui les sépare, on attend qu'un nouvel équilibre s'établisse, puis on le caractérise expérimentalement.

Gay-Lussac est le premier à mener ce type d'expériences au début du XIXe siècle ; elles seront reprises plus tard par Joule, vers 1845. Le résultat expérimental important est que l'on n'observe pas de variation de la température du gaz entre l'état initial et l'état final. En réalité, pour un gaz réel, une petite variation subsiste et peut être positive ou négative suivant le gaz et les conditions ; mais elle tend vers zéro lorsque la densité diminue. Dans le modèle idéal, on est donc amené à penser qu'on a exactement TB=TAT_B=T_A.

Pour interpréter ce résultat, regardons ce que dit le premier principe. Le gaz se répand dans le vide, donc la pression extérieure est nulle et donc W=0W=0. Par ailleurs, les parois du système sont calorifugées, donc on a aussi Q=0Q=0. Le premier principe impose alors

ΔU=0.\Delta U=0.

Admettons alors (provisoirement) que l'énergie interne peut s'écrire U=U(T,V,n)U=U(T,V,n) ; ce choix de variables sera justifié après l'établissement du second principe. Le système étant fermé, nn est fixé. Répétée pour différents volumes initiaux et finaux, l'expérience montre qu'à température fixée (puisque TB=TAT_B=T_A), l'énergie interne ne varie pas lorsque le volume change (ΔU=0\Delta U=0). Il vient

(∂U∂V)T,n=0⟶U=U(T,n).\left(\frac{\partial U}{\partial V}\right)_{T,n}=0 \longrightarrow \boxed{U=U(T,n).}
(3)

Cette propriété constitue la loi de Joule : l'énergie interne du gaz parfait ne dépend pas de son volume. Cette expérience ne donne pas encore la forme de la fonction U(T,n)U(T,n).

1.2. Énergie interne du gaz parfait

Pour trouver la forme de UU, on considère une seconde expérience. On chauffe une quantité connue de gaz dans une enceinte rigide. À volume constant, le travail des forces de pression est nul ; l'énergie QQ fournie au gaz est donc égale à sa variation d'énergie interne. En apportant de petites quantités d'énergie et en mesurant la hausse de température correspondante, on détermine expérimentalement la valeur de la capacité thermique molaire à volume constant

cV(T)=1n(δQdT)V,n=1n(∂U∂T)V,n.c_V(T)= \frac{1}{n}\left(\frac{\delta Q}{dT}\right)_{V,n} = \frac{1}{n}\left(\frac{\partial U}{\partial T}\right)_{V,n}.
(4)

Cette capacité dépend a priori de la température. La mesure directe est délicate, car la capacité thermique du gaz est faible devant celle du récipient et du calorimètre. C'est néanmoins possible, et on arrive même à montrer que pour un gaz dilué, cV(T)c_V(T) est approximativement constant. En le prenant strictement constant, on peut intégrer la relation précédente, et on trouve alors

ΔU=ncV(TB−TA)\boxed{ \Delta U=n c_V (T_B-T_A) }
(5)

À quantité de matière fixée, l'intégration donne donc

U(T,n)=ncVT+U0(n),U(T,n)=n c_V T+U_0(n),

où le terme de référence U0(n)U_0(n) est indépendant de la température. À quantité de matière fixée, on peut choisir l'origine de l'énergie interne de sorte que U0(n)=0U_0(n)=0, puisque seules les variations de UU interviennent. On retrouve alors U=ncVTU=n c_V T. Aux températures usuelles, on mesure cV≃3R/2c_V\simeq 3R/2 pour un gaz monoatomique tel que l'hélium dilué, et cV≃5R/2c_V\simeq 5R/2 pour de nombreux gaz diatomiques, avec RR la constante des gaz parfaits. Nous reviendrons plus loin sur les valeurs de cVc_V.

À retenir (Deux équations d'état indépendantes)
Le modèle du gaz parfait est décrit par deux équations d'état indépendantes : PV=nRT,PV=nRT,

qui décrit les relations entre PP, VV et TT, et

U(T,n)=ncVT+U0(n),U(T,n)=n c_V T+U_0(n),

qui donne son énergie interne. Les valeurs de cVc_V seront en général fournies dans un énoncé ; sinon, considérez que cV=3R/2c_V=3R/2 pour un gaz monoatomique et cV=5R/2c_V=5R/2 pour un gaz diatomique.

2. Le premier principe appliqué au gaz parfait

Nous pouvons désormais déterminer les variations d'énergie interne ainsi que le travail et la chaleur échangés au cours des transformations usuelles d'un gaz parfait. Nous nous limitons à un système fermé, sans variation d'énergie cinétique ou potentielle macroscopique, et dont le seul travail est celui des forces de pression. Les résultats de la leçon 4 donnent

ΔU=Q+W,W=−∫ABPextdV.\Delta U=Q+W, \qquad W=-\int_A^B P_{\mathrm{ext}} dV.
(6)

Dans les calculs qui suivent, nous supposons aussi que la transformation est quasi-statique : le système parcourt alors un chemin sur la surface des états d'équilibre. On supposera aussi dans la suite que l'on peut identifier la pression extérieure PextP_{\mathrm{ext}} à la pression PP du gaz. Cette hypothèse est cruciale : lors d'une transformation brutale, la pression du gaz peut ne pas être uniforme et le remplacement de PextP_{\mathrm{ext}} par PP est incorrect. Nous reviendrons sur cette hypothèse en étudiant le second principe et les transformations dites réversibles ou irréversibles.

2.1. Transformation isochore

Lors d'une transformation isochore, dV=0dV=0. Le travail des forces de pression est donc nul : W=0W=0. Le premier principe donne alors

Q=ΔU=ncV(TB−TA).\boxed{ Q=\Delta U=nc_V(T_B-T_A). }
(7)

Lorsque le gaz reçoit de la chaleur (Q>0Q>0), sa température s'élève, et réciproquement. C'est essentiellement ce qui se passe quand on chauffe l'air dans un four (en le supposant fermé, ce qu'il n'est pas tout à fait).

2.2. Transformation isotherme

Si la température est constante T=T0T=T_0, on a ΔU=0\Delta U=0 puisque UU ne dépend que de TT. On a donc Q=−WQ=-W. Avec P=nRT0VP=\frac{nRT_0}{V}, le travail reçu vaut

W=−∫VAVBP dV=−∫VAVBnRT0V dVW =- \int_{V_A}^{V_B}P\,dV = - \int_{V_A}^{V_B}\frac{nRT_0}{V}\,dV

ce qui donne :

W=−nRT0ln⁡ ⁣(VBVA),\boxed{ W=-nRT_0\ln\!\left(\frac{V_B}{V_A}\right), }
(8)

Lors d'une détente, VB>VAV_B>V_A et donc W<0W<0 : le gaz fournit du travail, et reçoit la même quantité d'énergie sous forme de chaleur (Q=−W>0Q = - W >0). Cette phase de détente isotherme sera souvent utilisée dans les cycles moteurs idéaux. Lors d'une compression, les signes sont inversés.

2.3. Transformation isobare

À pression constante P=P0P=P_0, le travail reçu est

W=−∫VAVBP dV=−P0(VB−VA)=−P0ΔV\boxed{W=-\int_{V_A}^{V_B}P\,dV=-P_0(V_B-V_A)=-P_0 \Delta V}

(9)

Alternativement, l'équation d'état PV=nRTPV=nRT donne P0(VB−VA)=nR(TB−TA)P_0(V_B-V_A)=nR(T_B-T_A), et donc aussi W=−nRΔTW=-nR\Delta T. Comme Q=ΔU−WQ=\Delta U-W, on obtient

Q=n(cV+R)ΔT.\boxed{ Q=n(c_V+R)\Delta T. }
(10)

Cette expression conduit naturellement à introduire la capacité thermique molaire à pression constante, notée cPc_P, par Q=ncPΔTQ=nc_P\Delta T lors d'une transformation isobare. Pour un gaz parfait, on a

cP=cV+R\boxed{c_P=c_V+R}

(11)

une relation que nous reverrons plus loin (relation de Mayer). On introduit également le rapport

γ=cPcV,\boxed{ \gamma=\frac{c_P}{c_V}, }
(12)

appelé indice adiabatique du gaz. La relation de Mayer montre que γ>1\gamma >1. Pour un gaz monoatomique, avec cV=3R/2c_V=3R/2, on trouve cP=5R/2c_P=5R/2 et γ=5/3\gamma=5/3. Pour un gaz diatomique, avec cV=5R/2c_V=5R/2, on obtient cP=7R/2c_P=7R/2 et γ=7/5\gamma=7/5. Comme cP=cV+Rc_P=c_V+R, on peut inverser ces relations pour obtenir

cV=Rγ−1,cP=γRγ−1\boxed{ c_V=\frac{R}{\gamma-1}, \qquad c_P=\frac{\gamma R}{\gamma-1} }

qui sont souvent très utiles dans les calculs.

Nous reviendrons plus systématiquement en Leçon 8 sur les capacités thermiques cVc_V et cPc_P, leur définition générale et leur interprétation. Pour le moment, il suffit de retenir que, pour une même quantité de gaz, élever sa température de la même valeur à pression constante demande davantage d'énergie qu'à volume constant : dans le premier cas, une partie de l'énergie reçue est restituée à l'environnement sous forme de travail lors de la dilatation inévitable du gaz.

Remarque 1
Pour comparer sur un même diagramme les bilans d'une isochore, d'une isotherme et d'une isobare, voir l'exercice « Exercice de cours : transformations élémentaires ».

2.4. Transformation adiabatique

Considérons maintenant une transformation adiabatique, pour laquelle Q=0Q=0. Contrairement aux cas précédents, obtenir les expressions de ΔU\Delta U et WW entre les états initiaux et finaux n'est pas immédiat, car on a ΔU=W\Delta U=W, mais le travail s'écrit

W=−∫ABP dV,W=-\int_A^B P\,dV,

et la manière dont la pression PP varie avec le volume n'est pas encore déterminée. Pour ce faire, il faut revenir à la forme différentielle du premier principe, qui relie les variations infinitésimales de UU, PP et VV le long de la transformation. La dérivation qui suit est un exercice extrêmement classique, souvent demandé sous la forme « retrouver les lois de Laplace du gaz parfait à partir du premier principe ». Il est fortement conseillé de refaire intégralement les calculs qui suivent.

Puisque δQ=0\delta Q=0, le premier principe donne

dU=δW=−P dV.dU=\delta W=-P\,dV.

Or, pour le gaz parfait étudié ici, dU=ncV dTdU=n c_V\,dT. On a donc ncV dT=−P dVn c_V\,dT=-P\,dV. En utilisant PV=nRTPV=nRT, soit P=nRT/VP=nRT/V, et en simplifiant par nn, il vient l'équation différentielle

cVdTT=−RdVV.c_V\frac{dT}{T}=-R\frac{dV}{V}.

Elle s'intègre immédiatement :

cVln⁡T+Rln⁡V=constante.c_V\ln T+R\ln V=\mathrm{constante}.

On divise par cVc_V et on note que

RcV=cP−cVcV=γ−1.\frac{R}{c_V} = \frac{c_P-c_V}{c_V} = \gamma-1.

On obtient donc

ln⁡T+(γ−1)ln⁡V=constante,\ln T+(\gamma-1)\ln V=\mathrm{constante},

soit

TVγ−1=constante.\boxed{ TV^{\gamma-1}=\mathrm{constante}. }
(13)

En injectant à nouveau PV=nRTPV=nRT dans cette relation, on peut obtenir deux autres formes équivalentes. Les trois lois de Laplace, équivalentes entre elles, s'écrivent ainsi

PVγ=constanteTVγ−1=constanteTγP1−γ=constante.\boxed{PV^\gamma=\mathrm{constante}} \qquad \boxed{TV^{\gamma-1}=\mathrm{constante}} \qquad \boxed{T^\gamma P^{1-\gamma}=\mathrm{constante}.}
(14)

En pratique, on utilisera l'une ou l'autre selon les données de l'exercice. Le travail se calcule alors de plusieurs manières. La plus directe consiste à utiliser le premier principe : puisque Q=0Q=0, on a W=ΔUW=\Delta U, d'où

W=ncV(TB−TA).\boxed{ W=nc_V(T_B-T_A). }
(15)

Cette expression est utile si l'on connaît les températures initiale et finale. On peut également retrouver le travail en intégrant directement les forces de pression. La loi de Laplace PVγ=cstePV^\gamma=\mathrm{cste} permet en effet d'écrire, le long de la transformation, P=K/VγP=K/V^\gamma, où K=PAVAγ=PBVBγK=P_AV_A^\gamma=P_BV_B^\gamma. Il vient alors

W=−∫VAVBP dV=−K∫VAVBV−γ dV=Kγ−1(VB1−γ−VA1−γ).W=-\int_{V_A}^{V_B}P\,dV =-K\int_{V_A}^{V_B}V^{-\gamma}\,dV =\frac{K}{\gamma-1} \left(V_B^{1-\gamma}-V_A^{1-\gamma}\right).

Cette expression est utile si l'on connaît les volumes initial et final. On note aussi que KVA1−γ=PAVAKV_A^{1-\gamma}=P_AV_A et KVB1−γ=PBVBKV_B^{1-\gamma}=P_BV_B, ce qui donne encore

W=PBVB−PAVAγ−1.W= \frac{P_BV_B-P_AV_A}{\gamma-1}.
(16)

Toutes ces expressions sont équivalentes. Lors d'une détente adiabatique, le gaz fournit du travail : W<0W<0. Son énergie interne diminue et sa température baisse. Inversement, une compression adiabatique élève sa température.

Remarque 2
Pour refaire la démonstration et appliquer les trois formes équivalentes, voir l'exercice « Exercice de cours : lois de Laplace ».

3. Diagrammes de Clapeyron

Pour se représenter les transformations du gaz, il est extrêmement utile de se placer dans le plan (P,V)(P,V), où chaque point correspond à un état d'équilibre, repéré par son volume VV en abscisse et sa pression PP en ordonnée. Cette représentation s'appelle un diagramme de Clapeyron.

En chaque point, la température est déterminée par l'équation d'état PV=nRTPV=nRT. Comme nous considérons toujours un système fermé, nn est constant et généralement donné dans l'énoncé. Un point important est que TT est proportionnelle au produit PVPV : elle est donc d'autant plus élevée que le point se situe dans une région du diagramme où ce produit est grand, globalement vers le haut et la droite.

Sous les hypothèses formulées précédemment, une transformation du gaz est alors représentée par une courbe reliant l'état initial AA à l'état final BB. Le diagramme de Clapeyron fournit ainsi une représentation géométrique très pratique des transformations étudiées plus haut.

3.1. Représentation des transformations usuelles

Les quatre transformations rencontrées plus haut prennent des formes particulièrement simples dans le plan (P,V)(P,V).

Une transformation isochore, V=V0V=V_0, est représentée par un segment vertical, tandis qu'une transformation isobare, P=P0P=P_0, est représentée par un segment horizontal.

Pour une transformation isotherme, l'équation d'état donne P(V)=nRT0/VP(V)=nRT_0/V : la courbe est donc une branche d'hyperbole.

Enfin, une transformation adiabatique obéit à la loi de Laplace PVγ=cstePV^\gamma=\mathrm{cste}, soit P=K/VγP=K/V^\gamma. Comme γ>1\gamma>1, la pression décroît plus rapidement avec le volume le long d'une adiabatique que le long d'une isotherme. On peut le voir directement en comparant, en un même point, les pentes

(dPdV)isoth=−PV,(dPdV)ad=−γPV.\left(\frac{dP}{dV}\right)_{\mathrm{isoth}} =-\frac{P}{V}, \qquad \left(\frac{dP}{dV}\right)_{\mathrm{ad}} =-\gamma\frac{P}{V}.

L'adiabatique est donc plus « raide » que l'isotherme.

Représentation schématique dans le diagramme de Clapeyron des transformations usuelles partant d'un même état A. Pour une détente, l'adiabatique décroît plus rapidement que l'isotherme puisque >1.
Figure 1. Représentation schématique dans le diagramme de Clapeyron des transformations usuelles partant d'un même état AA. Pour une détente, l'adiabatique décroît plus rapidement que l'isotherme puisque γ>1\gamma>1.

3.2. Deux chemins entre les mêmes états

Le diagramme de Clapeyron permet maintenant de visualiser concrètement une propriété fondamentale établie dans la leçon précédente : UU est une fonction d'état, tandis que QQ et WW dépendent de la transformation réalisée.

Considérons par exemple les deux états

A=(P0,V0),B=(P02,2V0).A=(P_0,V_0), \qquad B=\left(\frac{P_0}{2},2V_0\right).

L'équation des gaz parfaits donne TA=TB=T0T_A=T_B=T_0, avec T0=P0V0/(nR)T_0=P_0V_0/(nR). Comme l'énergie interne du gaz parfait ne dépend que de sa température,

ΔUA→B=0\boxed{\Delta U_{A\to B}=0}

quelle que soit la transformation reliant AA à BB. Comparons maintenant les deux chemins représentés sur la Figure 2.

Deux chemins différents reliant les mêmes états A et B. Le chemin P_1 est isotherme. Le chemin P_2 est constitué d'une transformation isobare A C, suivie d'une transformation isochore C B.
Figure 2. Deux chemins différents reliant les mêmes états AA et BB. Le chemin P1\mathcal P_1 est isotherme. Le chemin P2\mathcal P_2 est constitué d'une transformation isobare A→CA\to C, suivie d'une transformation isochore C→BC\to B.

Pour le premier chemin P1\mathcal P_1, qui est une détente isotherme directe, on a

W1=−nRT0ln⁡2=−P0V0ln⁡2.W_1=-nRT_0\ln 2=-P_0V_0\ln 2.

Comme ΔU=0\Delta U=0, il vient Q1=−W1=P0V0ln⁡2Q_1=-W_1=P_0V_0\ln 2.

Pour le second chemin P2\mathcal P_2, on effectue d'abord la transformation isobare A→CA\to C, puis la transformation isochore C→BC\to B. Le travail reçu sur la première branche vaut WAC=−P0V0W_{AC}=-P_0V_0, tandis que WCB=0W_{CB}=0. Ainsi,

W2=−P0V0,Q2=P0V0.W_2=-P_0V_0, \qquad Q_2=P_0V_0.

On trouve donc finalement

ΔU1=ΔU2=0W1≠W2Q1≠Q2.\boxed{\Delta U_1=\Delta U_2=0} \qquad \boxed{W_1\neq W_2} \qquad \boxed{Q_1\neq Q_2.}
(17)

Les deux chemins possèdent les mêmes extrémités, donc la même variation d'énergie interne, mais ils conduisent à des travaux différents et, par le premier principe, à des transferts thermiques différents.

3.3. Le travail comme aire sous la courbe

La dépendance du travail au chemin possède une interprétation géométrique immédiate. Pour une transformation quasi-statique représentée dans le diagramme de Clapeyron, le travail reçu vaut

W[A→B]=−∫ABPdV.\boxed{ W[A\to B]=-\int_A^B P dV. }
(18)

L'intégrale ∫ABP dV\int_A^B P\,dV représente l'aire algébrique située sous la courbe qui décrit la transformation. Avec notre convention de signe, le travail reçu par le gaz est l'opposé de cette aire.

Dans un diagramme de Clapeyron, l'intégrale _A^B P dV représente l'aire algébrique sous la courbe. Le travail reçu par le gaz est l'opposé de cette aire.
Figure 3. Dans un diagramme de Clapeyron, l'intégrale ∫ABP dV\int_A^B P\,dV représente l'aire algébrique sous la courbe. Le travail reçu par le gaz est l'opposé de cette aire.

Il est ici crucial de se souvenir que l'ordre des bornes fixe le signe de l'intégrale. Lors d'une détente de AA vers BB, avec VB>VAV_B>V_A, on a

W[A→B]=−∫VAVBP dV<0:W[A\to B]=-\int_{V_A}^{V_B}P\,dV<0 :

le gaz fournit du travail à son environnement. Lors de la compression inverse, les bornes sont interverties et

W[B→A]=−∫VBVAP dV=+∫VAVBP dV>0:W[B\to A] =-\int_{V_B}^{V_A}P\,dV =+\int_{V_A}^{V_B}P\,dV>0 :

le gaz reçoit du travail. Il est donc impératif d'indiquer par une flèche le sens de parcours de toute courbe tracée dans un diagramme de Clapeyron.

Cette interprétation explique également très simplement pourquoi les deux chemins de la Figure 2 conduisent à des travaux différents : les aires sous les deux courbes ne sont pas les mêmes.

3.4. Cycles moteurs et cycles récepteurs

Lors d'une transformation cyclique, le système revient à son état initial. Le cycle est donc représenté par une courbe fermée dans le diagramme de Clapeyron.

Puisque UU est une fonction d'état, ΔUcycle=0\Delta U_{\mathrm{cycle}}=0. Le premier principe impose donc Qcycle=−WcycleQ_{\mathrm{cycle}}=-W_{\mathrm{cycle}}. Par ailleurs,

Wcycle=−∮PdV.\boxed{ W_{\mathrm{cycle}}=-\oint P dV. }
(19)

L'interprétation géométrique précédente prend alors une forme particulièrement simple : la valeur absolue du travail est égale à l'aire enfermée par le cycle. Pour le voir, considérons un cycle constitué d'une branche supérieure P+(V)P_+(V) parcourue de V1V_1 vers V2V_2, avec V1<V2V_1<V_2, puis d'une branche inférieure P−(V)P_-(V) parcourue en sens inverse, comme sur la Figure 4. On a

∮P dV=∫V1V2P+(V) dV+∫V2V1P−(V) dV=∫V1V2[P+(V)−P−(V)] dV.\oint P\,dV = \int_{V_1}^{V_2}P_+(V)\,dV + \int_{V_2}^{V_1}P_-(V)\,dV = \int_{V_1}^{V_2} \bigl[P_+(V)-P_-(V)\bigr]\,dV.

C'est l'aire sous la branche supérieure moins l'aire sous la branche inférieure, autrement dit l'aire enfermée par le cycle. Pour le parcours horaire considéré ici, cette intégrale est positive et le travail reçu est donc négatif.

Propriété 1 (Travail d'un cycle dans un diagramme de Clapeyron)
Pour tout cycle simple et quasi-statique, ∣Wcycle∣=Acycle,\boxed{\left|W_{\mathrm{cycle}}\right|=\mathcal A_{\mathrm{cycle}}},

où Acycle\mathcal A_{\mathrm{cycle}} est l'aire enfermée par la courbe dans le diagramme (P,V)(P,V). Avec la convention du banquier :

  • un cycle parcouru dans le sens horaire vérifie Wcycle<0W_{\mathrm{cycle}}<0 : le système fournit globalement du travail à son environnement ; c'est un cycle moteur ;
  • un cycle parcouru dans le sens antihoraire vérifie Wcycle>0W_{\mathrm{cycle}}>0 : le système reçoit globalement du travail ; c'est un cycle récepteur.

Un cycle parcouru dans le sens horaire fournit globalement du travail à l'extérieur : c'est un cycle moteur. Parcouru dans l'autre sens, il reçoit du travail : c'est un cycle récepteur. Dans les deux cas, la valeur absolue du travail est l'aire enfermée par le cycle.
Figure 4. Un cycle parcouru dans le sens horaire fournit globalement du travail à l'extérieur : c'est un cycle moteur. Parcouru dans l'autre sens, il reçoit du travail : c'est un cycle récepteur. Dans les deux cas, la valeur absolue du travail est l'aire enfermée par le cycle.

Pour un cycle moteur, le premier principe impose Qcycle=−Wcycle>0Q_{\mathrm{cycle}}=-W_{\mathrm{cycle}}>0 : sur l'ensemble du cycle, le gaz reçoit une quantité nette de chaleur égale au travail qu'il fournit à son environnement.