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Notions fondamentales

Équilibre, parois, variables et fonctions d'état, transformations thermodynamique.

Système thermodynamiqueParoisÉquilibreVariables d'étatFonctions d'étatTransformations quasi-statiquesRéservoirExtensivitéIntensivité

La thermodynamique décrit des systèmes macroscopiques à partir d'un petit nombre de grandeurs mesurables, comme la température, la pression ou le volume. Avant d'introduire les deux principes de la théorie, il faut préciser ce que l'on entend par système thermodynamique, état d'équilibre, variable d'état, fonction d'état, ou encore transformation thermodynamique.

Cette leçon introduit ainsi non seulement le vocabulaire de base de la thermodynamique, mais aussi plusieurs hypothèses structurelles sur lesquelles repose la théorie : l'existence d'états macroscopiques caractérisés par un petit nombre de variables, ainsi que la structure de cet espace des états. Ces notions et hypothèses formeront le cadre dans lequel seront énoncés les deux principes.

1. Système thermodynamique

En thermodynamique, on commence toujours par choisir un système que l'on souhaite étudier.

Définition 1 (Système thermodynamique)
Un système thermodynamique est une partie du monde physique, délimitée par une surface, réelle ou fictive, qui le sépare de son environnement, et que l'on appelle sa frontière. Tout ce qui n'appartient pas au système constitue son environnement.

On peut par exemple choisir comme système le gaz contenu dans un récipient, auquel cas la frontière coïncide avec les parois du récipient. Mais notez dès à présent que la frontière n'est pas nécessairement une paroi matérielle. Pour étudier l'écoulement dans une turbine ou dans une canalisation, on choisit souvent comme système une région fixe de l'espace, appelée volume de contrôle, délimitée par une frontière purement géométrique que la matière peut traverser.

Notez aussi que le choix du système est en partie arbitraire. Un même phénomène peut souvent être décrit en choisissant des systèmes différents. En pratique cependant, la connaissance des conditions imposées aux bords du problème, c'est-à-dire à la frontière, conduit souvent à un choix particulier. Ces conditions sont généralement données dans l'énoncé d'un exercice, ou suggérées par la situation physique elle-même. Dans tous les cas il est impératif de préciser clairement le système choisi avant d'établir les bilans physiques.

Une fois le système défini, la première question est de savoir ce qu'il peut échanger avec son environnement. Deux grandes catégories d'échanges interviendront dans ce cours : des échanges de matière ; et des échanges d'énergie, notamment sous forme de chaleur ou de travail. On distingue alors trois types de systèmes.

Définition 2 (Système fermé, ouvert et isolé)
Un système est dit ouvert lorsqu'il peut échanger de la matière et de l'énergie avec son environnement. Un système est dit fermé lorsqu'il n'échange pas de matière avec son environnement, mais peut échanger de l'énergie avec celui-ci. Un système est dit isolé lorsqu'il n'échange ni matière ni énergie avec son environnement.

La quatrième catégorie logique, qui serait celle d'un système échangeant de la matière mais aucune énergie avec son environnement, n'a pas de sens physique : toute matière qui traverse la frontière transporte nécessairement de l'énergie avec elle.

Quelques exemples : un gaz enfermé dans un cylindre muni d'un piston est un système fermé : aucune molécule ne traverse les parois, mais le gaz peut recevoir de la chaleur ou fournir un travail en déplaçant le piston.

Une casserole ouverte contenant de l'eau en ébullition constitue au contraire un système ouvert, puisque de la vapeur s'en échappe et qu'elle peut recevoir de la chaleur de la plaque chauffante.

Un système parfaitement isolé est toujours une idéalisation. Un thermos fermé en est une bonne approximation (pendant un certain temps). En réalité, aucun système ne peut être parfaitement isolé.

2. Frontières, parois et contraintes

Les propriétés de la frontière déterminent quels échanges sont possibles entre le système et son environnement. Il est essentiel de comprendre que des conditions aux bords différentes peuvent conduire, à partir d'un même état initial, à des évolutions thermodynamiques complètement différentes.

Autrement dit, connaître le système ne suffit pas : il faut aussi connaître les contraintes qui lui sont imposées à sa frontière. Lorsqu'une frontière est constituée d'une paroi matérielle, on distingue ainsi plusieurs cas usuels.

  • Une paroi peut être rigide ou mobile. Une paroi rigide impose la géométrie du système. Une paroi mobile peut au contraire se déplacer sous l'effet d'une différence entre les forces de pression exercées de part et d'autre.
  • Une paroi est dite diatherme ou diathermane lorsqu'elle permet les échanges thermiques. Elle est dite adiabatique lorsqu'elle les empêche.
  • Une paroi peut être perméable ou imperméable à la matière. Elle peut aussi être semi-perméable, c'est-à-dire laisser passer certaines espèces chimiques et en arrêter d'autres.

La figure 1 résume les échanges possibles avec l'environnement, les trois types de systèmes et les principales contraintes imposées par leur frontière.

Système thermodynamique, frontière, échanges possibles et contraintes usuelles.
Figure 1. Système thermodynamique, frontière, échanges possibles et contraintes usuelles.

Ces propriétés constituent des contraintes qui déterminent quels processus thermodynamiques sont possibles. Considérons par exemple deux gaz séparés par une paroi rigide. Leurs pressions peuvent être différentes sans que rien ne se passe, puisque la paroi empêche tout déplacement. Si on remplace cette paroi par un piston mobile, la différence de pression mettra le piston en mouvement.

De même, deux corps séparés par une paroi adiabatique peuvent conserver des températures différentes. Mais si la paroi devient diatherme, un transfert thermique se produit jusqu'à l'établissement d'un nouvel équilibre.

Enfin, deux solutions contenant une même espèce chimique à des concentrations différentes peuvent conserver cette différence lorsqu'elles sont séparées par une membrane imperméable à cette espèce. Si, en revanche, la membrane lui devient perméable, les particules peuvent traverser la frontière et diffuser d'une région vers l'autre jusqu'à l'établissement d'un nouvel équilibre. Dans le cas le plus simple, lorsque les deux milieux sont par ailleurs équivalents, cet équilibre correspond à l'égalisation des concentrations de part et d'autres.

Remarque 1 (Les membranes semi-perméables)
Nous avons précisé dans l'exemple précédent qu'une membrane pouvait être « perméable à une espèce ». En effet, la perméabilité dépend de l'espèce considérée. Une paroi matérielle ordinaire, par exemple métallique, est pratiquement imperméable à la matière. Mais on trouve dans le vivant des membranes semi-perméables, qui laissent passer certaines molécules ou certains ions et en bloquent d'autres, par des mécanismes plus ou moins complexes. Les systèmes biologiques exploitent en permanence cette perméabilité sélective. Elle permet notamment de maintenir des différences de concentration entre l'intérieur et l'extérieur des cellules, ce qui est essentiel à leur fonctionnement. Les gradients ioniques à travers les membranes cellulaires jouent par exemple un rôle central dans la transmission des signaux nerveux. En ingénierie, on fabrique également des membranes semi-perméables. Elles sont par exemple utilisées pour dessaler l'eau de mer par osmose inverse.

Notons qu'il sera souvent utile d'imposer au système certaines conditions extérieures sans avoir à décrire en détail le dispositif qui les produit. Par exemple, on veut pouvoir étudier un système maintenu, quoi qu'il arrive, à température constante. En pratique, on pourra le placer dans un four, un réfrigérateur, un bain d'eau, etc.

Du point de vue formel, cela revient à imposer certaines propriétés au milieu extérieur avec lequel le système interagit. On appelle réservoir un système suffisamment grand pour que certains de ses paramètres puissent être considérés comme constants malgré les échanges avec le système étudié.

Un réservoir thermique, ou thermostat, est ainsi un réservoir dont la température reste pratiquement constante lorsqu'il reçoit ou cède une quantité raisonnable de chaleur. Si l'on plonge un petit corps dans un grand lac, par exemple, on peut considérer avec une excellente approximation le lac comme un thermostat.

De même, l'atmosphère peut, dans de nombreuses situations, être considérée comme un réservoir mécanique imposant approximativement une pression constante. On parle alors parfois de pressostat. Cela sera souvent le cas dans les exercices.

Nous rencontrerons aussi plus tard des réservoirs de particules capables d'imposer un potentiel chimique.

3. Équilibre thermodynamique

La notion d'équilibre est au coeur de la thermodynamique classique. La théorie que nous allons développer décrit avant tout des états d'équilibre et des transformations reliant de tels états.

Cette notion est d'abord d'origine phénoménologique. L'expérience montre qu'un système soumis à des conditions extérieures fixées tend généralement, après un certain temps, vers un état qui ne présente plus d'évolution macroscopique observable.

Considérons par exemple un cube métallique laissé depuis longtemps dans une pièce. Sa température ne varie plus de façon macroscopiquement observable. Plaçons maintenant ce cube dans un four chaud. Nous avons modifié les conditions imposées à sa frontière et le système se remet à évoluer : sa température augmente progressivement. Après un certain temps, cette évolution cesse à nouveau et un nouvel état stable est atteint.

On dit que le système a relaxé vers un nouvel état d'équilibre. Le temps nécessaire pour atteindre cet état, appelé temps de relaxation, dépend du système et des processus physiques mis en jeu. Il peut être très court dans certains cas et très long dans d'autres.

Ce constat amène à la définition suivante :

Définition 3 (Équilibre thermodynamique)
Un système est dans un état d'équilibre thermodynamique, relativement aux contraintes qui lui sont imposées, lorsque ses grandeurs macroscopiques, comme sa température, son volume ou sa composition, ne présentent plus d'évolution spontanée au cours du temps, et qu'il ne subsiste plus de flux macroscopique compatible avec ces contraintes.

L'équilibre thermodynamique ne signifie donc pas que toute différence de température, de pression ou de concentration a nécessairement disparu. Il signifie qu'aucune évolution macroscopique spontanée n'est possible compte tenu des contraintes imposées au système. On en a déjà rencontré un exemple : deux volumes de gaz à des pressions différentes, séparés par une paroi rigide, peuvent constituer un état d'équilibre sous cette contrainte.

Un état d'équilibre est donc toujours défini relativement aux contraintes imposées au système. Si l'une de ces contraintes est levée, l'état peut immédiatement cesser d'être un état d'équilibre pour le nouveau problème thermodynamique. Le second principe donnera plus tard une formulation générale de cette tendance à l'équilibre et permettra de caractériser les états d'équilibre.

Remarquons enfin qu'il faut distinguer un état d'équilibre d'un état stationnaire. Dans un état stationnaire, les grandeurs macroscopiques ne dépendent plus du temps, mais il peut cependant subsister des flux permanents.

L'exemple classique est celui d'une barre métallique dont les deux extrémités sont maintenues à des températures différentes. Après un certain temps, on observe que le profil de température dans la barre ne dépend plus du temps, mais un flux de chaleur continue de la traverser de l'extrémité chaude vers l'extrémité froide. Ce système n'est pas à l'équilibre; et c'est pourquoi la définition de l'équilibre précise aussi l'absence de flux macroscopique. Par flux macroscopique, on entend par exemple un flux de chaleur ou de matière.

Remarque 2 (Fluctuations autour de l'équilibre)
Un état d'équilibre macroscopique n'est pas microscopiquement immobile. Les molécules d'un gaz continuent à se déplacer et à entrer en collision. Une mesure suffisamment fine des grandeurs macroscopiques révélerait donc de petites fluctuations autour de leurs valeurs d'équilibre.

Pour les systèmes macroscopiques usuels, qui contiennent un très grand nombre de constituants, ces fluctuations relatives sont généralement très faibles. Nous les négligerons dans toute cette première partie.

Nous reviendrons sur leur origine et sur leur importance dans la partie consacrée à la physique statistique.

4. États macroscopiques et variables d'état

La question naturelle qui suit est de savoir comment décrire quantitativement les états d'équilibre.

4.1. Variables d'état

Un système macroscopique contient un nombre immense de degrés de liberté microscopiques. Un litre de gaz contient par exemple de l'ordre de 102310^{23} molécules. Une description mécanique complète demanderait en principe de connaître la position et la vitesse de chacune d'entre elles. La thermodynamique suppose pourtant qu'à l'équilibre cette information microscopique peut être remplacée par un très petit nombre de grandeurs macroscopiques, que nous appellerons variables d'états, en ce qu'elles caractérisent l'état macroscopique.

Le volume VV, la pression PP, la température TT, le nombre de particules NN en sont les exemples les plus connus. Nous verrons que le premier principe en introduira une nouvelle, l'énergie interne UU, tandis que le second principe en introduira encore une autre, l'entropie SS. Nous admettons pour le moment que ces deux grandeurs existent et qu'elles caractérisent l'état macroscopique du système.

Le caractère remarquable de ce postulat a été souligné dans l'introduction générale. En tant que tel, il n'est pas explicité dans les formulations usuelles du premier et second principe, et pourtant il est évidemment essentiel et les précède. La température ou la pression ne sont pas des coordonnées microscopiques des particules. Ce sont des grandeurs émergentes qui deviennent pertinentes uniquement à l'échelle macroscopique.

4.2. Variables extensives et intensives

On constate que ces variables d'état se répartissent en deux grandes catégories.

Définition 4 (Grandeurs extensives et intensives)
Une grandeur est dite extensive lorsqu'elle est proportionnelle à la taille du système. Mathématiquement, si l'on réplique un système homogène par un facteur réel λ>0\lambda>0, une grandeur extensive XX se transforme selon XλX.X\longrightarrow \lambda X.

Une grandeur est dite intensive lorsqu'elle reste inchangée lors de cette même réplication.

Le volume VV, la masse mm et le nombre de particules NN sont des exemples de grandeurs extensives. Nous admettrons également pour le moment que l'énergie interne UU et l'entropie SS sont extensives.

La température TT, la pression PP et le potentiel chimique μ\mu sont au contraire des grandeurs intensives. Le potentiel chimique sera introduit plus tard.

4.3. Algèbre de l'extensivité

Les notions d'extensivité et d'intensivité obéissent à une algèbre simple. Il est utile de la formaliser en introduisant la notion de fonction homogène.

Définition 5 (Degré d'extensivité)
On dira qu'une grandeur XX est homogène de degré kk vis-à-vis de la taille du système, si lorsque l'on change la taille d'un système homogène par un facteur réel λ>0\lambda>0, elle se transforme selon XλkX.X\longrightarrow \lambda^k X.

Les grandeurs extensives sont donc homogènes de degré 11, tandis que les grandeurs intensives sont homogènes de degré 00.

Cette définition permet immédiatement de combiner les grandeurs entre elles. Si XX est homogène de degré kk et YY de degré kk', alors XYXYest homogène de degré k+kk+k', tandis que X/YX/Y est homogène de degré kkk-k'.

Par exemple, le ratio V/NV/N est homogène de degré 00 et constitue donc une grandeur intensive. Il s'agit du volume par particule. De même, la densité de particules N/VN/V est intensive.

Cette propriété fournit un moyen de vérifier la cohérence d'une équation thermodynamique. Non seulement elle doit satisfaire l'analyse dimensionnelle usuelle, mais elle doit aussi être cohérente vis-à-vis de l'extensivité : les deux membres doivent se transformer de la même façon lorsque l'on change la taille du système. Additionner une variable extensive à une variable intensive n'a par exemple pas de sens. Vous devez prendre l'habitude, si ce n'est le réflexe, de le vérifier, au moins sur le résultat final d'un calcul.

En guise d'exercice, vérifiez que l'équation des gaz parfaits PV=NkBTPV = N k_{\mathrm B}T respecte bien ces deux contraintes. Ici, NN désigne le nombre de particules. On peut aussi écrire cette relation en fonction du nombre de moles nn, relié à NN par N=NAnN=\mathcal N_A n, où NA\mathcal N_A est la constante d'Avogadro. Puisque R=NAkBR=\mathcal N_A k_{\mathrm B}, on retrouve alors la forme usuelle PV=nRTPV=nRT.

Remarque 3 (Sur l'extensivité)
Il n'est absolument pas évident a priori que les grandeurs thermodynamiques introduites ci-dessus doivent être extensives ou intensives. À part certaines grandeurs géométriques comme le volume, rien n'impose immédiatement, par exemple, que l'énergie interne ou l'entropie doivent doubler lorsque l'on double la taille du système, ni que la température ou la pression doivent rester inchangées. Ici et dans la suite de ce cours, nous ferons donc l'hypothèse supplémentaire que les systèmes considérés possèdent bien cette propriété d'échelle et que leurs variables peuvent être classées en grandeurs extensives ou intensives.

Cette hypothèse a d'ailleurs des limites. Elle est en particulier liée à la nature des interactions entre les constituants du système, et la structure extensive usuelle peut cesser d'être valable en présence d'interactions à longue portée, notamment de la gravitation.

Nous reviendrons sur ces questions dans la partie avancée du livre. Nous y distinguerons en particulier deux notions proches mais différentes, l'extensivité, qui concerne le changement d'échelle d'un système, et l'additivité, qui concerne la réunion de plusieurs sous-systèmes. Nous développerons alors plus spécifiquement la thermodynamique des systèmes auto-gravitants.

5. L'espace des états d'équilibre

Il est très utile de donner une traduction mathématique simple de ce que nous venons de postuler. Nous noterons E\mathcal E l'ensemble des états d'équilibre accessibles au système considéré. Un état peut être décrit par un nombre fini de variables indépendantes

x1,...,xd,x^1,...,x^d,

dont les valeurs le déterminent complètement. Les xix^i représentent par exemple la température, la pression, le volume, etc. Ces variables d'état jouent alors le rôle de coordonnées sur l'espace E\mathcal E.

Nous avons précisé que ces variables doivent être indépendantes. En effet, les différentes variables d'état d'un système sont généralement reliées entre elles par des équations d'état. L'équation des gaz parfaits en fournit un exemple. Nous préciserons ce point dans la section suivante.

Nous supposerons de plus que les grandeurs thermodynamiques dépendent suffisamment régulièrement de ces coordonnées pour que l'on puisse utiliser le calcul différentiel. La modélisation ainsi retenue pour l'espace E\mathcal E est celle, en mathématiques, d'une variété différentiable de dimension finie.

Cette formulation peut paraître abstraite, mais elle ne fait que rendre explicite une hypothèse que de nombreux ouvrages utilisent implicitement lorsqu'ils écrivent des quantités comme dTdT, dVdV ou dPdP, sans préciser davantage la structure mathématique qui les rend possibles.

Cette construction géométrique nous permettra surtout de formuler proprement la dépendance entre les variables thermodynamiques, la notion de fonction d'état, et d'expliquer pourquoi, entre un état initial et un état final, le travail et la chaleur échangés dépendent du chemin suivi, alors que les variations de l'énergie interne ou de l'entropie n'en dépendent pas (cf. sections suivantes).

Remarque 4 (Le nombre de particules)
Le nombre de particules NN est bien sûr un entier. Dans un système macroscopique, il est cependant tellement grand que ses variations peuvent souvent être traitées comme continues, ce qui permet notamment d'utiliser la notation dNdN.

Cette approximation cesse d'être justifiée lorsque le nombre de particules devient petit. Il faut alors tenir compte du caractère discret de NN, ainsi que de fluctuations qui ne sont plus nécessairement négligeables. Nous n'aurons pas à nous en soucier dans cette première partie de l'ouvrage, où nous travaillerons toujours implicitement avec un nombre de particules suffisamment grand.

6. Équations d'état

Nous venons de modéliser l'ensemble E\mathcal E des états d'équilibre comme une variété de dimension finie. Il reste à comprendre ce qui détermine cette dimension. En effet, on peut utiliser de nombreuses variables d'état pour décrire un système, mais celles-ci ne sont généralement pas toutes indépendantes : certaines relations les lient entre elles.

Considérons par exemple un gaz parfait. Nous avons vu dans la leçon précédente qu'à l'équilibre ses variables satisfont

PV=nRT.PV=nRT.

Pour une quantité de matière nn fixée, connaître VV et TT suffit donc à déterminer PP, puisque P=nRT/VP=nRT/V. Les trois grandeurs PP, VV et TT sont bien des variables d'état, mais seulement deux d'entre elles peuvent être choisies indépendamment.

Définition 6 (Équation d'état)
Une équation d'état est une relation entre plusieurs variables d'état qui doit être satisfaite par les états d'équilibre du système.

Si l'on décrit le système à l'aide de qq variables d'état x1,...,xqx^1,...,x^q, une telle relation peut s'écrire

F(x1,...,xq)=0.F(x^1,...,x^q)=0.

L'équation des gaz parfaits correspond ainsi à

F(P,V,T,n)=PVnRT=0.F(P,V,T,n)=PV-nRT=0.

Une équation d'état réduit donc le nombre de variables que l'on peut choisir librement. Pour un gaz parfait en système fermé, par exemple, le nombre de moles nn est fixé, et l'équation PV=nRTPV=nRT définit une surface dans l'espace abstrait de coordonnées (P,V,T)(P,V,T). L'espace physique des états d'équilibre du gaz parfait est ainsi, dans ce cas, de dimension 22 et non de dimension 33.

On peut par exemple choisir (V,T)(V,T) comme coordonnées sur cet espace, mais d'autres choix sont possibles, comme (P,T)(P,T) ou (P,V)(P,V). Aucun de ces choix n'est plus physique qu'un autre : il s'agit simplement de différents systèmes de coordonnées sur le même espace des états d'équilibre.

De façon générale, si l'on part de qq variables d'état reliées par rr relations indépendantes, seul un certain nombre d=qrd = q -r d'entre elles peuvent être choisies librement. Ce nombre dd est précisément la dimension de la variété E\mathcal E, c'est-à-dire le nombre de degrés de liberté thermodynamiques indépendants du système. Nous verrons plus loin comment effectuer ce comptage de façon systématique.

Pour des systèmes plus complexes, plusieurs équations d'état peuvent en effet être nécessaires pour caractériser complètement les états accessibles.

7. Fonctions d'état

Une fois l'espace des états défini, nous pouvons introduire une notion que nous utiliserons continuellement.

Définition 7 (Fonction d'état)
Une fonction d'état est une grandeur physique dont la valeur dépend uniquement de l'état d'équilibre du système.

Mathématiquement, c'est une fonction définie sur l'espace des états :

f:ER.f:\mathcal E\longrightarrow \mathbb R.

Si l'on choisit des coordonnées indépendantes x1,...,xdx^1,...,x^d sur E\mathcal E, on peut écrire f=f(x1,...,xd)f=f(x^1,...,x^d).

L'énergie interne UU et l'entropie SS seront les deux fonctions d'état les plus importantes de ce cours. Pour certains systèmes, leur expression est explicitement connue. Par exemple, pour un gaz parfait monoatomique,

U(n,T,V)=32nRT.U(n,T,V)=\frac32 nRT.

Cette relation constitue une propriété supplémentaire du gaz parfait. Elle ne se déduit pas de la seule équation d'état PV=nRTPV=nRT. (On notera que V n'apparaît pas au second membre : l'énergie interne d'un gaz parfait ne dépend pas de son volume à température fixée).

La différentielle d'une fonction d'état s'écrit

df=i=1dfxidxi.df= \sum_{i=1}^{d} \frac{\partial f}{\partial x^i}\,dx^i.

Entre deux états d'équilibre AA et BB, sa variation vaut

Δf=f(B)f(A)=ABdf.\Delta f = f(B)-f(A)= \int_A^B df.

Si γ\gamma est un chemin dans E\mathcal E reliant AA à BB, alors

γdf=f(B)f(A).\int_\gamma df=f(B)-f(A).

Cette intégrale est donc indépendante du chemin γ\gamma choisi, lorsque la transformation considérée peut être représentée par un tel chemin (cf. section suivante). On dit que dfdf est une différentielle exacte.

Cette propriété distinguera notamment l'énergie interne de la chaleur et du travail. La chaleur et le travail ne sont pas des quantités contenues dans le système : ce sont des transferts d'énergie qui ont lieu au cours d'une transformation.

Considérons par exemple un gaz parfait passant d'un état initial A=(PA,VA,TA)A=(P_A,V_A,T_A) à un état final B=(PB,VB,TB)B=(P_B,V_B,T_B).

On peut imaginer plusieurs transformations reliant ces deux mêmes états : comprimer d'abord le gaz puis le chauffer, le chauffer d'abord puis le comprimer, ou encore faire varier simultanément sa température et son volume selon un autre chemin.

Dans tous les cas, la variation d'une fonction d'état comme l'énergie interne est la même, puisqu'elle ne dépend que de AA et de BB. En revanche, la quantité de travail reçue par le gaz et la quantité de chaleur échangée peuvent être différentes d'une transformation à l'autre.

Nous utiliserons pour cette raison les notations

δQ,δW,\delta Q,\qquad \delta W,

afin de les distinguer des différentielles exactes comme

dU,dS.dU,\qquad dS.

Le symbole δ\delta rappelle précisément que δQ\delta Q et δW\delta W ne sont pas, en général, les différentielles de fonctions d'état. Nous définirons précisément ces quantités et calculerons de tels exemples dans la Leçon 4.

À retenir
Une fonction d'état ne dépend que de l'état du système, et non de la manière dont cet état a été atteint.

Ainsi, si ff est une fonction d'état,

Δf=f(B)f(A)\Delta f=f(B)-f(A)

est indépendante du chemin suivi entre AA et BB.

8. Transformations thermodynamiques

Nous venons de voir que certaines quantités, comme la chaleur et le travail, dépendent de la manière dont le système passe d'un état à un autre. Il faut donc préciser ce que l'on entend par transformation thermodynamique.

Une transformation thermodynamique est tout processus au cours duquel un système passe d'un état d'équilibre initial à un état d'équilibre final.

Supposons que le système parte d'un état d'équilibre AA et, après une certaine évolution, atteigne un nouvel état d'équilibre BB. Pendant une transformation réelle, le système n'est pas nécessairement à l'équilibre. Sa température ou sa pression peuvent par exemple varier d'un point à un autre et ne pas être décrites par une seule valeur macroscopique.

Il est alors incorrect de représenter l'ensemble de l'évolution par un chemin dans l'espace E\mathcal E des états d'équilibre. Seuls les états initial et final appartiennent nécessairement à cet espace.

On introduit cependant une classe idéalisée de transformations, pour lesquelles le système reste aussi proche que l'on veut de l'équilibre tout au long de son évolution. Elles jouent un rôle central en thermodynamique.

8.1. Transformations quasi-statiques

Définition 8 (Transformation quasi-statique)
Une transformation est dite quasi-statique lorsqu'elle est réalisée de telle sorte que le système reste, à chaque étape, arbitrairement proche d'un état d'équilibre.

Une transformation quasi-statique peut donc être représentée par un chemin continu dans l'espace des états d'équilibre E\mathcal E.

La figure 2 synthétise la distinction entre fonctions d'état, chaleur et travail, ainsi qu'entre transformation réelle et transformation quasi-statique.

Espace des états d'équilibre, fonctions d'état et transformations thermodynamiques.
Figure 2. Espace des états d'équilibre, fonctions d'état et transformations thermodynamiques.

Concrètement, cela signifie que les contraintes extérieures sont modifiées suffisamment lentement devant les temps caractéristiques de relaxation du système.

Tout au long du chemin, on peut alors considérer une succession d'états

X=(x1,...,xd)X=(x^1,...,x^d)

infiniment voisins, et écrire

XX+dX,X\longrightarrow X+dX,

par exemple

TT+dT,VV+dV.T\longrightarrow T+dT,\qquad V\longrightarrow V+dV.

A noter que les fonctions d’état peuvent ainsi être évaluées tout au long du chemin. Remarquez qu'une transformation quasi-statique n'est pas nécessairement réversible ; cette dernière notion sera définie avec le second principe, cf. Leçon 5.

8.2. Transformations particulières

Certaines transformations reviennent constamment en thermodynamique. On leur donne donc des noms particuliers.

  • Une transformation à température constante, T=csteT=\text{cste}, est dite isotherme. Attention : un système en contact avec un thermostat ne subit une transformation isotherme que si l'évolution est suffisamment lente pour que sa température reste uniforme et égale à celle du thermostat1.
  • Une transformation à pression constante, P=csteP=\text{cste}, est dite isobare. De même, une pression extérieure constante ne suffit pas, à elle seule, à garantir que la pression du système reste constante.
  • Une transformation à volume constant, V=csteV=\text{cste}, est dite isochore. C'est notamment le cas d'un système contenu dans un récipient rigide.
  • Une transformation sans échange de chaleur, Q=0Q=0, est dite adiabatique. Elle peut être réalisée idéalement à l'aide de parois adiabatiques.
  • Une transformation à entropie constante, ΔS=0\Delta S=0, est dite isentropique. Une adiabatique n'est pas nécessairement isentropique, cf plus loin.
  • Une transformation à énergie interne constante, ΔU=0\Delta U=0, est dite isoénergétique.
  • Une transformation pour laquelle l'état final est identique à l'état initial est dite cyclique.
    Note 1 : Au contact d'un thermostat, on parle de transformation monotherme. Cela ne garantit pas a priori, si la transformation est trop rapide, que le système lui-même soit à la température du thermostat. Si cet équilibre thermique est assuré, ou si, pour toute autre raison, on a Tsys=csteT_{\rm sys}=\text{cste}, la transformation est dite isotherme.

La dernière catégorie sera particulièrement importante pour l'étude des machines thermiques.

9. Références

Pour une présentation classique et systématique de la thermodynamique, voir notamment Diu et al. [1] et Callen [2].

  1. B. Diu, C. Guthmann, D. Lederer et B. Roulet, Thermodynamique, Hermann (2007)
  2. H. B. Callen, Thermodynamics and an Introduction to Thermostatistics, 2e éd., Wiley (1985)