Exercice corrigé de thermodynamique

Gaz de van der Waals : énergie interne et détente de Joule

Exercice 45 · Leçon 8 — Coefficients calorimétriques et thermoélastiques

  • van der Waals
  • gaz réel
  • énergie interne
  • détente de Joule
  • refroidissement
  • pression de cohésion

Énoncé

Le gaz de van der Waals a pour équation d'état

P=nRTV−nb−an2V2,P = \frac{nRT}{V - nb} - \frac{an^2}{V^2},

avec a,b>0a, b > 0. On suppose CVC_V constant.

  1. Calculer ℓ=T(∂P/∂T)V\ell = T\left(\partial P/\partial T\right)_V puis (∂U/∂V)T\left(\partial U/\partial V\right)_T.
  2. En déduire que U(T,V)=CVT−an2V+csteU(T,V) = C_VT - \dfrac{an^2}{V} + \text{cste}. Interpréter le signe du terme en aa.
  3. Ce gaz subit une détente de Joule (récipient calorifugé, détente dans le vide) de V0V_0 vers 2V02V_0. Montrer que ΔT=−an22V0 CV<0.\Delta T = -\frac{an^2}{2V_0\,C_V} < 0.
  4. À partir de l'expression de ΔT\Delta T, étudier littéralement l'effet d'une augmentation de aa, de V0V_0 ou de CVC_V. Expliquer pourquoi l'effet devient difficile à mesurer pour un gaz dilué placé dans un calorimètre de grande capacité thermique.

Indication

Indication
Utiliser l'identité (∂U/∂V)T=T(∂P/∂T)V−P\left(\partial U/\partial V\right)_T = T\left(\partial P/\partial T\right)_V - P de l'exercice précédent, puis intégrer à TT fixé. Dans la détente de Joule, ΔU=0\Delta U = 0.

Solution détaillée

Solution
Question 1. À volume et quantité de matière fixés, seul le premier terme de PP dépend de TT. Ainsi

(∂P∂T)V=nRV−nb,ℓ=nRTV−nb.\left(\frac{\partial P}{\partial T}\right)_V=\frac{nR}{V-nb}, \qquad \ell=\frac{nRT}{V-nb}.

Or l'équation d'état donne nRT/(V−nb)=P+an2/V2nRT/(V-nb)=P+an^2/V^2. En utilisant l'identité de l'exercice précédent,

(∂U∂V)T=T(∂P∂T)V−P=an2V2>0.\left(\frac{\partial U}{\partial V}\right)_T =T\left(\frac{\partial P}{\partial T}\right)_V-P =\frac{an^2}{V^2}>0.

Question 2. À TT fixé, on intègre entre un volume de référence et VV. Puisque la primitive de V−2V^{-2} est −V−1-V^{-1}, la dépendance en volume est

U(T,V)=−an2V+f(T),U(T,V)=-\frac{an^2}{V}+f(T),

où ff est indépendante de VV. Or CV=(∂U/∂T)V=f′(T)C_V=(\partial U/\partial T)_V=f'(T). Si CVC_V est constant, f(T)=CVT+cstef(T)=C_VT+\text{cste}. Ainsi

U(T,V)=CVT−an2V+cste.U(T,V) = C_VT - \frac{an^2}{V} + \text{cste}.

Le terme −an2/V-an^2/V est une énergie potentielle d'attraction entre molécules : rapprocher les molécules (diminuer VV) abaisse cette énergie, et il faut fournir du travail contre l'attraction pour dilater le gaz.

Question 3. Le récipient est calorifugé, donc Q=0Q=0, et la détente se fait dans le vide, donc W=0W=0. Le premier principe donne ΔU=0\Delta U=0. Entre (Ti,V0)(T_i,V_0) et (Tf,2V0)(T_f,2V_0),

CV(Tf−Ti)−an2(12V0−1V0)=0.C_V(T_f-T_i)-an^2\left(\frac{1}{2V_0}-\frac{1}{V_0}\right)=0.

Comme la parenthèse vaut −1/(2V0)-1/(2V_0),

CVΔT+an22V0=0,ΔT=−an22V0CV<0.C_V\Delta T+\frac{an^2}{2V_0}=0, \qquad \boxed{\Delta T=-\frac{an^2}{2V_0C_V}<0}.

L'énergie d'agitation thermique se convertit en énergie potentielle d'attraction : le gaz se refroidit — contrairement au gaz parfait dont la température ne bouge pas.

Question 4. La valeur absolue de la variation est

∣ΔT∣=an22V0CV.|\Delta T|=\frac{an^2}{2V_0C_V}.

Elle augmente avec le paramètre d'attraction aa : des interactions plus fortes font davantage varier l'énergie potentielle lors de la détente. Elle diminue quand V0V_0 augmente : à faible densité, les molécules sont éloignées et leurs interactions deviennent négligeables. Elle diminue aussi quand CVC_V augmente, car une même variation d'énergie potentielle produit alors une plus faible variation de température. Enfin, si le gaz partage son énergie avec un calorimètre de capacité CcalC_{\rm cal}, la capacité pertinente devient en ordre de grandeur CV+CcalC_V+C_{\rm cal}. Lorsque Ccal≫CVC_{\rm cal}\gg C_V, la variation de température mesurée est fortement atténuée.