Exercice 33 · Leçon 6 — Le second principe de la thermodynamique
équilibre
membrane semi-perméable
potentiel chimique
pression partielle
paroi fixe
paroi mobile
Énoncé
Un récipient rigide et isolé, de volume 2V0, contient deux mélanges de gaz parfaits monoatomiques A et B. Une membrane diathermane les sépare. Elle laisse passer A, mais pas B. Initialement bloquée et rendue imperméable, elle partage le récipient en deux volumes égaux V0, à la même température T0. À gauche se trouvent 2N0 particules de A et N0 de B ; à droite, N0 de A et 2N0 de B. On active ensuite sa perméabilité sélective. Les énergies de la membrane et les interactions entre particules sont négligées.
Pour cet exercice, on admet l'extension de l'identité thermodynamique à des nombres de particules variables :
dU=TdS−PdV+μAdNA+μBdNB.
μs est le potentiel chimique par particule de l'espèce s. On admet également, pour chaque mélange idéal,
U=23(NA+NB)kBT,P=pA+pB,ps=VNskBT.
Le potentiel chimique de l'espèce s∈{A,B} vaut
μs(T,ps)=μs∘(T)+kBTlnp∘ps,
où p∘ est une pression de référence.
Dessiner le récipient et ses constituants. Comparer les pressions totales initiales, puis les pressions partielles de A. Prévoir le sens initial du transfert de A à l'aide des potentiels chimiques.
La membrane reste fixe. Écrire dStot en fonction des redistributions dU1 et dNA,1 autorisées, puis déduire les conditions de stationnarité. Doit-on imposer l'égalité des pressions totales ou celle des μB ?
Déterminer la température finale, les populations de A et les pressions totales. À température T0, vérifier que la répartition de A trouvée est un maximum d'entropie vis-à-vis du transfert de A.
Partant de cet état, on libère la membrane. Elle se déplace sans frottement ni force supplémentaire et reste diathermane et sélective. Quelle condition s'ajoute ? Déterminer le nouvel équilibre : volumes, populations de A, température et pression totale commune.
Application numérique : N0=NAn0, avec n0=1,0mol,V0=10L et T0=300K. On rappelle la relation R=NAkB et on donne
NA=6,022×1023mol−1,kB=1,380649×10−23JK−1.
Calculer, pour la membrane fixe puis mobile, les pressions finales et les quantités de A de chaque côté (en moles), ainsi que les volumes finaux lorsque la membrane est mobile.
Indication
Indication
À volume fixe, dS=dU/T−μAdNA/T si B ne traverse pas la membrane. Les transferts reçus par un côté sont perdus par l'autre. Quand la membrane est mobile, ajouter le terme (P1/T1−P2/T2)dV1.
Solution détaillée
Solution
Figure 1
Question 1. Le schéma distingue les deux espèces et montre que seule A peut traverser. Posons P∗=N0kBT0/V0. Chaque compartiment contient initialement 3N0 particules :
Pour la pression partielle de A, on ne compte que les particules de A, soit 2N0 à gauche et N0 à droite. Initialement P1,i=P2,i=3P∗, mais pA,1,i=2P∗ et pA,2,i=P∗. Ainsi μA,1−μA,2=kBT0ln2>0 : A passe initialement de gauche à droite. Pour dNA,1<0 à températures égales, la variation d'entropie totale (μA,2−μA,1)dNA,1/T0 est positive. L'égalité des pressions totales ne suffit pas à arrêter la diffusion. Dans la différence des potentiels chimiques, les deux termes μA∘(T0) s'annulent ; les logarithmes se regroupent en kBT0ln(pA,1,i/pA,2,i)=kBT0ln2.
Question 2. L'énergie totale et le nombre total de A sont conservés ; les nombres de B de chaque côté sont constants. On obtient en utilisant dU2=−dU1,dNA,2=−dNA,1 et dNB,1=dNB,2=0,dSj=TjdUj−TjμA,jdNA,j(j=1,2).
Le terme de volume est nul puisque la membrane est fixe. Additionnons :
La conduction thermique et le transfert de A sont autorisés : leurs variations peuvent être testées indépendamment. La stationnarité impose donc 1/T1−1/T2=0, soit T1=T2, puis (μA,2−μA,1)/T=0, soit μA,1=μA,2. Elle n'impose ni P1=P2 (membrane bloquée), ni μB,1=μB,2 (B ne traverse pas).
Question 3. L'énergie totale vaut initialement 9N0kBT0 et le nombre total de particules reste 6N0. En effet Ui=(3/2)(3N0+3N0)kBT0=9N0kBT0. À température finale commune T,Uf=(3/2)(6N0)kBT=9N0kBT. L'égalité Uf=Ui donne donc T=T0. L'égalité des potentiels chimiques de A devient
kBT0lnp∘pA,1=kBT0lnp∘pA,2.
La division par kBT0 puis l'exponentiation donnent pA,1=pA,2. Les volumes étant égaux, les facteurs kBT0/V0 se simplifient : NA,1=NA,2. Comme NA,1+NA,2=3N0, chacun vaut 3N0/2. En ajoutant les particules de B, on obtient
Le support de la membrane équilibre cette différence de pression. En posant a=NA,1 et NA,2=3N0−a, à température et volumes fixés, la question 2 donne
Le terme d'énergie se compense puisque les températures sont égales et dU1+dU2=0. Pour dériver une seconde fois, écrire ln(3N0−a)−lna : sa dérivée est −1/(3N0−a)−1/a. On retrouve donc
La répartition égale est l'unique maximum sur 0<a<3N0.
Question 4. La stationnarité par rapport au volume ajoute P1=P2 : le terme ajouté à dStot est (P1/T1−P2/T2)dV1. Son coefficient doit s'annuler ; avec T1=T2, cela impose l'égalité des pressions totales. La température finale est encore T0, par le même bilan d'énergie qu'à la question 3. Puisque pA,1=pA,2, l'égalité des pressions totales entraîne pB,1=pB,2. B ne traverse pas :
V1N0=V22N0,V1+V2=2V0,
donc V2=2V1, puis 3V1=2V0 : V1=2V0/3 et V2=4V0/3. Pour A, l'égalité des pressions partielles donne NA,1/V1=NA,2/V2, donc NA,2=2NA,1. Comme la somme vaut 3N0, on obtient NA,1=N0 et NA,2=2N0. Enfin Pf=(N0+N0)kBT0/(2V0/3)=3P∗. Les résultats sont donc
L'égalité des pressions partielles de B est ici une conséquence des autres conditions et du modèle idéal, pas une condition imposée par un échange de B. Les quantités de A ne sont plus égales : ce sont leurs concentrations, donc leurs pressions partielles, qui s'égalisent.
Question 5. On convertit les volumes en unités SI pour calculer les pressions : V0=10L=10−2m3. La constante NA convertit une quantité de matière en nombre de particules : N0=NAn0 avec n0=1,0mol. On calcule d'abord
R=NAkB=(6,022×1023)(1,380649×10−23)≃8,314Jmol−1K−1.
Avec N0kB=n0R, l'échelle de pression introduite dans la question 1 vaut
car 1bar=105Pa. Cette pression sert au calcul ; elle n'est pas à elle seule la pression totale d'un compartiment.
Membrane fixe. Chaque volume reste égal à 10L. La question 3 donne NA,1=NA,2=3N0/2. Pour passer des particules aux moles, on divise par NA :
nA,1=nA,2=2NA3N0=23×1mol=1,5mol.
B ne traverse pas la membrane : il reste 1mol de B à gauche et 2mol à droite. Les quantités totales sont donc 2,5mol et 3,5mol. À T0=300K, l'équation P=nRT/V donne séparément
Les pressions totales sont différentes ; le blocage de la membrane maintient cet état. Les pressions partielles de A, elles, sont égales, puisque A occupe les mêmes volumes avec les mêmes quantités et températures.
Membrane mobile. D'après la question 4,
V1,f=32V0=32×10≃6,67L,V2,f=34V0=34×10≃13,33L.
La somme reste 20L, le volume du récipient. Les populations de A sont maintenant NA,1=N0 et NA,2=2N0 :
nA,1=NAN0=1mol,nA,2=NA2N0=2mol.
On retrouve bien les 3mol de A au total. En ajoutant B, les compartiments contiennent respectivement 2 et 4mol de gaz. Utilisons les volumes exacts avant arrondi :