Exercice corrigé de thermodynamique

Retour sur la compression brutale : bilans d'entropie

Exercice 34 · Leçon 6 — Le second principe de la thermodynamique

  • production d'entropie
  • compression adiabatique
  • irréversibilité
  • isentropique
  • bilan entropique
  • comparaison formelle

Énoncé

On reprend les deux expériences de compression adiabatique de la leçon 5, dont les résultats utiles sont rappelés ici. Un cylindre vertical calorifugé de section S\mathcal S contient nn moles de gaz parfait. Son piston, également calorifugé, est mobile sans frottement et de masse négligeable. Les capacités thermiques molaires cVc_V et cPc_P sont constantes, avec

γ=cPcV>1,cV=Rγ−1,cP=cV+R.\gamma=\frac{c_P}{c_V}>1,\qquad c_V=\frac{R}{\gamma-1},\qquad c_P=c_V+R.

Initialement, le piston est soumis à la seule pression atmosphérique P0P_0 : le gaz est dans l'état A=(P0,V0,T0)A=(P_0,V_0,T_0), avec P0V0=nRT0P_0V_0=nRT_0. Une surcharge de masse MM porte la pression extérieure à

P1=P0+MgS=xP0,x>1.P_1=P_0+\frac{Mg}{\mathcal S}=xP_0,\qquad x>1.

Les deux expériences repartent de AA. Dans la première, on ajoute puis retire la surcharge grain de sable par grain de sable : le gaz suit une adiabatique réversible A→B→AA\to B\to A. Dans la seconde, on pose la surcharge d'un seul coup, on attend l'équilibre B′B', puis on la retire d'un seul coup et on attend l'équilibre B"B". Les pressions extérieures sont constantes sur chaque étape brutale : P1P_1 à l'aller, P0P_0 au retour. On suppose les oscillations amorties par dissipation dans le gaz ; le piston est au repos aux états initial et finaux et ne stocke pas d'énergie.

Les deux compressions partent de A (au centre). À gauche, la surcharge est ajoutée progressivement jusqu'à B ; son retrait progressif ramène à A. À droite, la surcharge est posée brutalement jusqu'à B' ; son retrait brutal conduit à un autre état B”. Le schéma représente les compressions ; les quatre états sont précisés ci-dessous.
Figure 1. Les deux compressions partent de AA (au centre). À gauche, la surcharge est ajoutée progressivement jusqu'à BB ; son retrait progressif ramène à AA. À droite, la surcharge est posée brutalement jusqu'à B′B' ; son retrait brutal conduit à un autre état B"B". Le schéma représente les compressions ; les quatre états sont précisés ci-dessous.

Les lois de Laplace sur le trajet réversible et le premier principe sur les trajets brutaux ont donné les résultats suivants. On pose

θ=1+(γ−1)xγ,φ=1+(γ−1)/xγ.EˊtatP/P0V/V0T/T0A111Bxx−1/γx(γ−1)/γB′xθ/xθB"1θφθφ\begin{aligned} \theta=\frac{1+(\gamma-1)x}{\gamma},\qquad \phi=\frac{1+(\gamma-1)/x}{\gamma}. \begin{array}{c|ccc} \text{État} & P/P_0 & V/V_0 & T/T_0\\ \hline A & 1 & 1 & 1\\[3pt] B & x & x^{-1/\gamma} & x^{(\gamma-1)/\gamma}\\[3pt] B' & x & \theta/x & \theta\\[3pt] B" & 1 & \theta\phi & \theta\phi \end{array} \end{aligned}

On a en particulier

θ>x(γ−1)/γ,φ>x−(γ−1)/γ,θφ−1=γ−1γ2(x−1)2x>0.\theta>x^{(\gamma-1)/\gamma},\qquad \phi>x^{-(\gamma-1)/\gamma},\qquad \theta\phi-1=\frac{\gamma-1}{\gamma^2}\frac{(x-1)^2}{x}>0.

Toutes les étapes sont adiabatiques : Q=0Q=0 et W=ΔU=ncV(Tf−Ti)W=\Delta U=nc_V(T_f-T_i), avec la convention des énergies reçues par le gaz. Ainsi,

WAB=ncVT0[x(γ−1)/γ−1],WBA=−WAB,WAB′=ncVT0(θ−1),WB′B"=ncVT0θ(φ−1).\begin{aligned} W_{AB}&=nc_VT_0\left[x^{(\gamma-1)/\gamma}-1\right], & W_{BA}&=-W_{AB},\\ W_{AB'}&=nc_VT_0(\theta-1), & W_{B'B"}&=nc_VT_0\theta(\phi-1). \end{aligned}

L'aller-retour réversible a un travail net nul, tandis que le trajet brutal reçoit WAB′B"=ncVT0(θφ−1)>0W_{AB'B"}=nc_VT_0(\theta\phi-1)>0.

  1. Calculer les variations d'entropie sur A→BA\to B et B→AB\to A, puis établir le bilan entropique de l'aller-retour réversible.
  2. Calculer ΔSAB′\Delta S_{AB'} et montrer qu'elle est strictement positive. Quelle part de cette variation est échangée et quelle part est produite ?
  3. Faire de même pour le retrait brutal B′→B"B'\to B".
  4. Calculer directement ΔSAB"\Delta S_{AB"} et vérifier qu'elle est égale à la somme des deux productions précédentes. Le trajet A→B′→B"A\to B'\to B" est-il un cycle du gaz ?
  5. Comparer les bilans énergétiques et entropiques des deux allers-retours. Expliquer pourquoi l'absence de chaleur échangée ne signifie pas que l'entropie est conservée.

Indication

Indication
Entre deux états d'équilibre d'un gaz parfait,

ΔS=ncVln⁡TfTi+nRln⁡VfVi.\Delta S=nc_V\ln\frac{T_f}{T_i}+nR\ln\frac{V_f}{V_i}.

Pour B′→B"B'\to B", utiliser TB"/TB′=φT_{B"}/T_{B'}=\phi et VB"/VB′=xφV_{B"}/V_{B'}=x\phi. Les inégalités rappelées dans l'énoncé permettent de conclure sur les signes. Sur chaque étape, Se=0S_{\mathrm{e}}=0.

Solution détaillée

Solution
Question 1. Le tableau donne TB/T0=x(γ−1)/γT_B/T_0=x^{(\gamma-1)/\gamma} et VB/V0=x−1/γV_B/V_0=x^{-1/\gamma}. En les remplaçant dans la formule d'entropie,

ΔSAB=ncVln⁡(x(γ−1)/γ)+nRln⁡(x−1/γ)=ncVγ−1γln⁡x−nRγln⁡x=nγ[cV(γ−1)−R]ln⁡x=0,\begin{aligned} \Delta S_{AB} &=nc_V\ln\left(x^{(\gamma-1)/\gamma}\right) +nR\ln\left(x^{-1/\gamma}\right)\\ &=nc_V\frac{\gamma-1}{\gamma}\ln x-\frac{nR}{\gamma}\ln x\\ &=\frac n\gamma[c_V(\gamma-1)-R]\ln x=0, \end{aligned}

car cV(γ−1)=Rc_V(\gamma-1)=R. Le retour suit le même chemin en sens inverse, donc ΔSBA=0\Delta S_{BA}=0. Sur chacune des deux étapes et sur l'aller-retour, Se=Si=ΔS=0S_{\mathrm{e}}=S_{\mathrm{i}}=\Delta S=0. Le gaz retrouve son état AA.

Question 2. Pour la compression brutale, TB′/T0=θT_{B'}/T_0=\theta et VB′/V0=θ/xV_{B'}/V_0=\theta/x. En utilisant R=cV(γ−1)R=c_V(\gamma-1) puis les propriétés des logarithmes,

ΔSAB′=ncVln⁡θ+nRln⁡θx=ncV[ln⁡θ+(γ−1)(ln⁡θ−ln⁡x)]=ncV[γln⁡θ−(γ−1)ln⁡x]=ncVln⁡(θγxγ−1).\begin{aligned} \Delta S_{AB'} &=nc_V\ln\theta+nR\ln\frac{\theta}{x}\\ &=nc_V[\ln\theta+(\gamma-1)(\ln\theta-\ln x)]\\ &=nc_V[\gamma\ln\theta-(\gamma-1)\ln x]\\ &=nc_V\ln\left(\frac{\theta^\gamma}{x^{\gamma-1}}\right). \end{aligned}

L'inégalité admise θ>x(γ−1)/γ\theta>x^{(\gamma-1)/\gamma} donne θγ>xγ−1\theta^\gamma>x^{\gamma-1} : le rapport dans le logarithme dépasse 1, donc ΔSAB′>0\Delta S_{AB'}>0. L'entropie échangée est nulle, donc Si,AB′=ΔSAB′S_{\mathrm{i},AB'}=\Delta S_{AB'}. L'entropie du gaz augmente par production, sans qu'il reçoive de chaleur.

Question 3. Sur le retrait brutal, les rapports entre les états final et initial de cette étape sont

TB"TB′=θφθ=φ,VB"VB′=θφθ/x=xφ.\frac{T_{B"}}{T_{B'}}=\frac{\theta\phi}{\theta}=\phi, \qquad \frac{V_{B"}}{V_{B'}}=\frac{\theta\phi}{\theta/x}=x\phi.

Ainsi,

ΔSB′B"=ncVln⁡φ+nRln⁡(xφ)=ncV[ln⁡φ+(γ−1)(ln⁡x+ln⁡φ)]=ncV[γln⁡φ+(γ−1)ln⁡x]=ncVln⁡(φγxγ−1)>0.\begin{aligned} \Delta S_{B'B"} &=nc_V\ln\phi+nR\ln(x\phi)\\ &=nc_V[\ln\phi+(\gamma-1)(\ln x+\ln\phi)]\\ &=nc_V[\gamma\ln\phi+(\gamma-1)\ln x]\\ &=nc_V\ln\left(\phi^\gamma x^{\gamma-1}\right)>0. \end{aligned}

En effet, φ>x−(γ−1)/γ\phi>x^{-(\gamma-1)/\gamma} implique φγxγ−1>1\phi^\gamma x^{\gamma-1}>1. Ici encore Se=0S_{\mathrm{e}}=0 et Si,B′B"=ΔSB′B"S_{\mathrm{i},B'B"}=\Delta S_{B'B"}. Le gaz se refroidit durant cette détente (φ<1\phi<1), mais son entropie augmente : le terme de dilatation l'emporte.

Question 4. Les états AA et B"B" ont la même pression et TB"/T0=VB"/V0=θφT_{B"}/T_0=V_{B"}/V_0=\theta\phi, d'où

ΔSAB"=ncVln⁡(θφ)+nRln⁡(θφ)=ncPln⁡(θφ)>0.\Delta S_{AB"}=nc_V\ln(\theta\phi)+nR\ln(\theta\phi) =nc_P\ln(\theta\phi)>0.

On a utilisé cP=cV+Rc_P=c_V+R et θφ>1\theta\phi>1. Additionnons maintenant les deux résultats précédents :

ΔSAB′+ΔSB′B"=ncV[γln⁡θ−(γ−1)ln⁡x+γln⁡φ+(γ−1)ln⁡x]=ncVγ(ln⁡θ+ln⁡φ)=ncPln⁡(θφ)=ΔSAB".\begin{aligned} \Delta S_{AB'}+\Delta S_{B'B"} &=nc_V[\gamma\ln\theta-(\gamma-1)\ln x\\ &\qquad+\gamma\ln\phi+(\gamma-1)\ln x]\\ &=nc_V\gamma(\ln\theta+\ln\phi)\\ &=nc_P\ln(\theta\phi)=\Delta S_{AB"}. \end{aligned}

Les termes en ln⁡x\ln x s'annulent. Comme chaque étape est adiabatique, cette somme est aussi celle des deux entropies produites. Le retour de la pression extérieure à P0P_0 ne suffit pas à fermer un cycle du gaz : B"≠AB"\ne A, puisque TB">T0T_{B"}>T_0 et VB">V0V_{B"}>V_0.

Question 5. Pour A→B→AA\to B\to A, Qtot=Wtot=ΔUtot=0Q_{\mathrm{tot}}=W_{\mathrm{tot}}=\Delta U_{\mathrm{tot}}=0 et Si,tot=0S_{\mathrm{i},\mathrm{tot}}=0. Pour A→B′→B"A\to B'\to B",

Qtot=0,Wtot=ΔUtot=ncVT0(θφ−1)>0,Se,tot=0,Si,tot=ΔStot=ncPln⁡(θφ)>0.Q_{\mathrm{tot}}=0,\qquad W_{\mathrm{tot}}=\Delta U_{\mathrm{tot}}=nc_VT_0(\theta\phi-1)>0, S_{\mathrm{e},\mathrm{tot}}=0,\qquad S_{\mathrm{i},\mathrm{tot}}=\Delta S_{\mathrm{tot}}=nc_P\ln(\theta\phi)>0.

Le premier principe décrit le travail net conservé sous forme d'énergie interne ; le second quantifie l'irréversibilité par l'entropie produite. Une transformation adiabatique est isentropique seulement si elle ne produit pas d'entropie, comme ici dans le cas réversible.