Exercice corrigé de thermodynamique

Deux gaz séparés par une paroi interne

Exercice 30 · Leçon 6 — Le second principe de la thermodynamique

  • second principe
  • maximum d'entropie
  • système isolé
  • paroi diatherme
  • paroi mobile
  • équilibre thermique
  • équilibre mécanique

Énoncé

Un récipient rigide et isolé de l'extérieur contient deux gaz parfaits monoatomiques, séparés par une paroi interne initialement fixe, étanche et adiabatique. Le compartiment 1 contient n1n_1 moles à la température T1T_1 ; le compartiment 2 contient n2=3n1n_2=3n_1 moles à la température T2=T1/2T_2=T_1/2. Les deux compartiments ont initialement le même volume VV. L'énergie et la capacité thermique de la paroi sont négligeables ; lorsqu'elle est mobile, elle se déplace sans frottement et sans force supplémentaire. Les expériences des questions 3 et 5 repartent chacune de l'état initial. On pose P0=n1RT1/VP_0=n_1RT_1/V.

  1. Faire un schéma simple du récipient. Indiquer les deux gaz, la paroi interne, les quantités de matière, les températures, les volumes et les pressions initiales. Tant que la paroi reste fixe, étanche et adiabatique, une différence de température ou de pression suffit-elle à provoquer une évolution ?
  2. Exprimer formellement les deux pressions initiales en fonction de P0P_0.
  3. La paroi devient diatherme, mais reste fixe et étanche. À l'aide des deux principes, justifier la condition d'équilibre thermique, puis déterminer la température et les pressions finales.
  4. Calculer l'énergie échangée entre les gaz et préciser sa forme. Établir le bilan entropique du système global et vérifier que l'entropie produite est positive.
  5. Dans une seconde expérience, la paroi devient diatherme et mobile. En étudiant la stationnarité de l'entropie du système isolé, justifier les conditions d'équilibre thermique et mécanique. Déterminer la température, la pression et les volumes finaux, puis effectuer le bilan entropique. Comparer avec le cas de la paroi fixe.

Indication

Indication
Le système global est isolé : son énergie interne est conservée et son entropie est maximale à l'équilibre. Pour un gaz parfait,

dS=dUT+PT dV.\mathrm{d}S=\frac{\mathrm{d}U}{T}+\frac{P}{T}\,\mathrm{d}V.

Solution détaillée

Solution

Figure
Figure 1

Question 1. Le schéma représente un récipient rigide de volume total 2V2V, partagé par une paroi. À gauche : (n1,T1,V,P0)(n_1,T_1,V,P_0) ; à droite : (3n1,T1/2,V,P2,i)(3n_1,T_1/2,V,P_{2,i}). Les parois extérieures sont adiabatiques. Avec la paroi interne fixe, étanche et adiabatique, aucun échange n'est autorisé : chaque gaz conserve son état, même si les températures et les pressions diffèrent. Le blocage de la paroi supporte la différence de pression.

Question 2 — Calcul formel. L'équation des gaz parfaits donne

P1,i=n1RT1V=P0,P2,i=3n1R(T1/2)V=32P0.P_{1,i}=\frac{n_1RT_1}{V}=P_0, \qquad P_{2,i}=\frac{3n_1R(T_1/2)}{V}=\frac32P_0.

Question 3 — Paroi fixe et diatherme. Lors d'un petit transfert d'énergie avec dU2=−dU1\mathrm{d}U_2=-\mathrm{d}U_1, les volumes restent constants : pour chaque gaz, dSj=dUj/Tj\mathrm dS_j=\mathrm dU_j/T_j. En additionnant,

dStot=dU1T1+dU2T2=dU1T1−dU1T2.\mathrm dS_{\mathrm{tot}}=\frac{\mathrm dU_1}{T_1} +\frac{\mathrm dU_2}{T_2} =\frac{\mathrm dU_1}{T_1}-\frac{\mathrm dU_1}{T_2}.

Les températures dans cette variation sont celles de l'état considéré. En factorisant,

dStot=(1T1−1T2)dU1.\mathrm{d}S_{\mathrm{tot}} =\left(\frac1{T_1}-\frac1{T_2}\right)\mathrm{d}U_1.

À l'équilibre, l'entropie est maximale ; le coefficient de dU1\mathrm{d}U_1 doit donc s'annuler, ce qui impose T1,f=T2,f=TfT_{1,f}=T_{2,f}=T_f. La conservation de l'énergie donne

n132R(Tf−T1)+3n132R(Tf−T12)=0,n_1\frac32R(T_f-T_1) +3n_1\frac32R\left(T_f-\frac{T_1}{2}\right)=0,

En divisant le bilan d'énergie par (3/2)n1R(3/2)n_1R, on obtient

(Tf−T1)+3(Tf−T12)=0,4Tf−52T1=0,Tf=58T1.(T_f-T_1)+3\left(T_f-\frac{T_1}{2}\right)=0, \quad 4T_f-\frac52T_1=0, \quad T_f=\frac58T_1.

Puis P1,f=n1RTf/V=(Tf/T1)P0P_{1,f}=n_1RT_f/V=(T_f/T_1)P_0 et P2,f=3n1RTf/V=3(Tf/T1)P0P_{2,f}=3n_1RT_f/V=3(T_f/T_1)P_0, donc

Tf=58T1,P1,f=58P0,P2,f=158P0.T_f=\frac58T_1, \qquad P_{1,f}=\frac58P_0, \qquad P_{2,f}=\frac{15}{8}P_0.

La paroi étant fixe, l'équilibre mécanique n'est pas requis : les pressions finales peuvent être différentes.

Question 4 — Bilan entropique. Le gaz 2 reçoit uniquement sous forme de chaleur l'énergie

Q1→2=ΔU2=3n132R(58T1−12T1)=916n1RT1.Q_{1\to2}=\Delta U_2 =3n_1\frac32R\left(\frac58T_1-\frac12T_1\right) =\frac9{16}n_1RT_1.

Le gaz 1 reçoit la chaleur opposée : Q1=−Q1→2<0Q_1=-Q_{1\to2}<0, tandis que Q2=Q1→2>0Q_2=Q_{1\to2}>0. La paroi est fixe, donc W1=W2=0W_1=W_2=0. Le système global est isolé, donc Se=0S_{\mathrm{e}}=0 et Si=ΔStotS_{\mathrm{i}}=\Delta S_{\mathrm{tot}}. Comme les volumes sont constants,

ΔS1=32n1Rln⁡TfT1=32n1Rln⁡58,ΔS2=32(3n1)Rln⁡TfT1/2=92n1Rln⁡54.\Delta S_1=\frac32n_1R\ln\frac{T_f}{T_1} =\frac32n_1R\ln\frac58, \Delta S_2=\frac32(3n_1)R\ln\frac{T_f}{T_1/2} =\frac92n_1R\ln\frac54.

Le gaz 1 perd de l'entropie et le gaz 2 en gagne. Leur somme vaut

Si=32n1R[ln⁡ ⁣(58)+3ln⁡ ⁣(54)]>0.S_{\mathrm{i}} =\frac32n_1R\left[ \ln\!\left(\frac58\right) +3\ln\!\left(\frac54\right) \right]>0.

Cette production d'entropie traduit le transfert spontané de chaleur entre deux gaz initialement à des températures différentes. Pour vérifier le signe sans valeurs numériques, regroupons les logarithmes :

ln⁡58+3ln⁡54=ln⁡[58(54)3]=ln⁡625512>0.\ln\frac58+3\ln\frac54 =\ln\left[\frac58\left(\frac54\right)^3\right] =\ln\frac{625}{512}>0.

Question 5 — Paroi mobile et diatherme. Avec dU2=−dU1\mathrm{d}U_2=-\mathrm{d}U_1 et dV2=−dV1\mathrm{d}V_2=-\mathrm{d}V_1,

dStot=(1T1−1T2)dU1+(P1T1−P2T2)dV1.\mathrm{d}S_{\mathrm{tot}} =\left(\frac1{T_1}-\frac1{T_2}\right)\mathrm{d}U_1 +\left(\frac{P_1}{T_1}-\frac{P_2}{T_2}\right)\mathrm{d}V_1.

La paroi autorise indépendamment une redistribution d'énergie et de volume. La stationnarité doit donc valoir pour tout dU1\mathrm dU_1 et tout dV1\mathrm dV_1 : les deux coefficients s'annulent. Le premier impose T1,f=T2,fT_{1,f}=T_{2,f} ; le second donne alors P1,f/Tf=P2,f/TfP_{1,f}/T_f=P_{2,f}/T_f, soit P1,f=P2,fP_{1,f}=P_{2,f}. La conservation de l'énergie donne encore Tf=5T1/8T_f=5T_1/8. À pression et température communes, les volumes sont proportionnels aux quantités de matière. Comme leur somme vaut 2V2V,

V2,fV1,f=3n1RTf/Pfn1RTf/Pf=3,V1,f+3V1,f=2V.\frac{V_{2,f}}{V_{1,f}}=\frac{3n_1RT_f/P_f}{n_1RT_f/P_f}=3, \qquad V_{1,f}+3V_{1,f}=2V.

Ainsi V1,f=V/2V_{1,f}=V/2 et V2,f=3V/2V_{2,f}=3V/2. La pression commune s'obtient par Pf=n1R(5T1/8)/(V/2)=(5/4)P0P_f=n_1R(5T_1/8)/(V/2)=(5/4)P_0, soit

V1,f=V2,V2,f=3V2,Pf=54P0.V_{1,f}=\frac V2, \qquad V_{2,f}=\frac{3V}{2}, \qquad P_f=\frac54P_0.

Les variations d'énergie interne sont les mêmes que pour la paroi fixe, mais l'énergie s'échange ici sous forme de chaleur et de travail. Le bilan entropique contient les mêmes termes thermiques qu'à la question 4, auxquels il faut ajouter les termes de volume :

ΔS1=32n1Rln⁡58+n1Rln⁡V/2V,ΔS2=92n1Rln⁡54+3n1Rln⁡3V/2V.\Delta S_1=\frac32n_1R\ln\frac58+n_1R\ln\frac{V/2}{V}, \Delta S_2=\frac92n_1R\ln\frac54+3n_1R\ln\frac{3V/2}{V}.

En additionnant, on trouve

Si=ΔStot=32n1R[ln⁡ ⁣(58)+3ln⁡ ⁣(54)]+n1R[ln⁡ ⁣(12)+3ln⁡ ⁣(32)]>0.S_{\mathrm{i}}=\Delta S_{\mathrm{tot}} =\frac32n_1R\left[ \ln\!\left(\frac58\right)+3\ln\!\left(\frac54\right) \right] +n_1R\left[ \ln\!\left(\frac12\right)+3\ln\!\left(\frac32\right) \right]>0.

Le supplément par rapport à la paroi fixe vaut

n1R[ln⁡12+3ln⁡32]=n1Rln⁡[12(32)3]=n1Rln⁡2716>0.n_1R\left[\ln\frac12+3\ln\frac32\right] =n_1R\ln\left[\frac12\left(\frac32\right)^3\right] =n_1R\ln\frac{27}{16}>0.

Le déplacement permis à la paroi augmente donc l'entropie finale accessible.