Exercice corrigé de thermodynamique

Entropie d'un gaz : quand la capacité thermique dépend de TT

Exercice 27 · Leçon 6 — Le second principe de la thermodynamique

  • gaz
  • capacité thermique variable
  • énergie interne
  • entropie
  • chauffage isochore
  • intégration

Énoncé

On considère nn moles d'un gaz dont l'équation d'état est PV=nRTPV=nRT. Dans l'intervalle de température étudié, sa capacité thermique molaire à volume constant vaut cV(T)=A+BTc_V(T)=A+BT, où AA et BB sont des constantes positives. On admet qu'à quantité de matière fixée, son énergie interne ne dépend que de la température. On note UrefU_{\mathrm{ref}} sa valeur à une température de référence Tref>0T_{\mathrm{ref}}>0 de cet intervalle.

  1. Calculer l'énergie interne U(T)U(T), puis sa variation entre deux températures TiT_i et TfT_f.
  2. Pour une transformation élémentaire localement réversible, exprimer la chaleur reçue, puis calculer dS\mathrm dS en fonction de TT, VV, dT\mathrm dT et dV\mathrm dV.
  3. Calculer la variation d'entropie ΔS\Delta S entre deux états d'équilibre (Ti,Vi)(T_i,V_i) et (Tf,Vf)(T_f,V_f). Le résultat dépend-il du caractère réversible ou irréversible de la transformation entre ces deux états ?
  4. Le gaz est chauffé à volume constant de TiT_i à Tf>TiT_f>T_i par un thermostat à TfT_f. L'ensemble gaz—thermostat est isolé et aucun travail n'est échangé. Calculer les chaleurs reçues par le gaz et le thermostat, puis l'entropie produite. Écrire cette dernière sous la forme d'une intégrale dont on peut déterminer le signe.

Indication

Indication
Partir de dU=ncV(T) dT\mathrm dU=nc_V(T)\,\mathrm dT et intégrer chaque terme séparément. Pour la question 2, utiliser le premier principe et dS=δQrev/T\mathrm dS=\delta Q_{\mathrm{rev}}/T. Pour la question 3, choisir un chemin réversible composé d'une isochore puis d'une isotherme. Le thermostat reste à température constante pendant le chauffage réel.

Solution détaillée

Solution
Question 1. La capacité thermique est molaire : pour nn moles, la capacité totale vaut ncV(T)nc_V(T). Puisque UU ne dépend que de TT,

dU=ncV(T) dT=n(A+BT) dT.\mathrm dU=nc_V(T)\,\mathrm dT=n(A+BT)\,\mathrm dT.

Intégrons entre TrefT_{\mathrm{ref}} et TT, en notant τ\tau la variable d'intégration :

U(T)−Uref=n∫TrefT(A+Bτ) dτ=n[Aτ+B2τ2]TrefT=nA(T−Tref)+nB2(T2−Tref2).\begin{aligned} U(T)-U_{\mathrm{ref}} &=n\int_{T_{\mathrm{ref}}}^{T}(A+B\tau)\,\mathrm d\tau\\ &=n\left[A\tau+\frac B2\tau^2\right]_{T_{\mathrm{ref}}}^{T}\\ &=nA(T-T_{\mathrm{ref}})+\frac{nB}{2}(T^2-T_{\mathrm{ref}}^2). \end{aligned}

En ajoutant UrefU_{\mathrm{ref}}, on obtient U(T)U(T). Pour calculer ΔU=U(Tf)−U(Ti)\Delta U=U(T_f)-U(T_i), les termes de référence s'annulent :

ΔU=nA(Tf−Ti)+nB2(Tf2−Ti2).\boxed{\Delta U=nA(T_f-T_i)+\frac{nB}{2}(T_f^2-T_i^2).}

On ne peut pas écrire ΔU=ncV(Tf)(Tf−Ti)\Delta U=nc_V(T_f)(T_f-T_i) : la capacité varie pendant le chauffage et doit rester dans l'intégrale.

Question 2. Sur la transformation localement réversible, le travail reçu vaut δW=−P dV\delta W=-P\,\mathrm dV. Le premier principe donne

dU=δQrev−P dV,δQrev=dU+P dV.\mathrm dU=\delta Q_{\mathrm{rev}}-P\,\mathrm dV, \qquad \delta Q_{\mathrm{rev}}=\mathrm dU+P\,\mathrm dV.

Remplaçons dU\mathrm dU par le résultat précédent et PP par nRT/VnRT/V :

δQrev=n(A+BT) dT+nRTV dV.\delta Q_{\mathrm{rev}}=n(A+BT)\,\mathrm dT+\frac{nRT}{V}\,\mathrm dV.

La réversibilité locale permet d'écrire dS=δQrev/T\mathrm dS=\delta Q_{\mathrm{rev}}/T. En divisant chaque terme par TT, on trouve

dS=n(AT+B)dT+nRV dV.\boxed{\mathrm dS=n\left(\frac AT+B\right)\mathrm dT +\frac{nR}{V}\,\mathrm dV.}

Question 3. Choisissons un chemin réversible allant de (Ti,Vi)(T_i,V_i) à (Tf,Vi)(T_f,V_i) à volume constant, puis de (Tf,Vi)(T_f,V_i) à (Tf,Vf)(T_f,V_f) à température constante. Sur la première étape, dV=0\mathrm dV=0 ; sur la seconde, dT=0\mathrm dT=0. En additionnant les deux variations d'entropie,

ΔS=n∫TiTf(AT+B)dT+nR∫ViVfdVV=nA[ln⁡T]TiTf+nB[T]TiTf+nR[ln⁡V]ViVf=nA(ln⁡Tf−ln⁡Ti)+nB(Tf−Ti)+nR(ln⁡Vf−ln⁡Vi).\begin{aligned} \Delta S &=n\int_{T_i}^{T_f}\left(\frac AT+B\right)\mathrm dT +nR\int_{V_i}^{V_f}\frac{\mathrm dV}{V}\\ &=nA\left[\ln T\right]_{T_i}^{T_f} +nB\left[T\right]_{T_i}^{T_f} +nR\left[\ln V\right]_{V_i}^{V_f}\\ &=nA(\ln T_f-\ln T_i)+nB(T_f-T_i) +nR(\ln V_f-\ln V_i). \end{aligned}

En utilisant ln⁡a−ln⁡b=ln⁡(a/b)\ln a-\ln b=\ln(a/b), on obtient

ΔS=nAln⁡TfTi+nB(Tf−Ti)+nRln⁡VfVi.\boxed{\Delta S=nA\ln\frac{T_f}{T_i}+nB(T_f-T_i) +nR\ln\frac{V_f}{V_i}.}

L'entropie est une fonction d'état : sa variation ne dépend que des états initial et final. Le chemin réversible permet de calculer cette variation, mais le résultat vaut aussi pour une transformation réelle irréversible entre les mêmes états.

Question 4. Le volume reste constant : le gaz ne reçoit aucun travail. Le premier principe et la question 1 donnent donc

Qgaz=ΔU=nA(Tf−Ti)+nB2(Tf2−Ti2).Q_{\mathrm{gaz}}=\Delta U =nA(T_f-T_i)+\frac{nB}{2}(T_f^2-T_i^2).

L'ensemble gaz—thermostat est isolé, donc ΔUgaz+ΔUth=0\Delta U_{\mathrm{gaz}}+\Delta U_{\mathrm{th}}=0. En l'absence de travail, on en déduit Qth=−QgazQ_{\mathrm{th}}=-Q_{\mathrm{gaz}}. Pour le gaz, Vf=ViV_f=V_i annule le terme volumique de la question 3 :

ΔSgaz=nAln⁡TfTi+nB(Tf−Ti).\Delta S_{\mathrm{gaz}}=nA\ln\frac{T_f}{T_i}+nB(T_f-T_i).

Le thermostat reste à TfT_f, d'où

ΔSth=QthTf=−QgazTf.\Delta S_{\mathrm{th}}=\frac{Q_{\mathrm{th}}}{T_f} =-\frac{Q_{\mathrm{gaz}}}{T_f}.

L'ensemble isolé n'échange pas d'entropie avec le reste de l'univers : l'entropie produite est la somme des deux variations,

Si=ΔSgaz+ΔSth=nAln⁡TfTi+nB(Tf−Ti)−nA(Tf−Ti)Tf−nB(Tf2−Ti2)2Tf.\begin{aligned} S_{\mathrm{i}} &=\Delta S_{\mathrm{gaz}}+\Delta S_{\mathrm{th}}\\ &=nA\ln\frac{T_f}{T_i}+nB(T_f-T_i)\\ &\quad-\frac{nA(T_f-T_i)}{T_f}-\frac{nB(T_f^2-T_i^2)}{2T_f}. \end{aligned}

Pour étudier le signe, reprenons les expressions intégrales des deux termes :

ΔSgaz=n∫TiTfA+BTT dT,QgazTf=n∫TiTfA+BTTf dT.\Delta S_{\mathrm{gaz}}=n\int_{T_i}^{T_f}\frac{A+BT}{T}\,\mathrm dT, \qquad \frac{Q_{\mathrm{gaz}}}{T_f} =n\int_{T_i}^{T_f}\frac{A+BT}{T_f}\,\mathrm dT.

Les bornes sont identiques : on peut soustraire les intégrandes,

Si=n∫TiTf(A+BT)(1T−1Tf)dT>0.S_{\mathrm{i}}=n\int_{T_i}^{T_f}(A+BT) \left(\frac1T-\frac1{T_f}\right)\mathrm dT>0.

En effet, A+BT>0A+BT>0 et 1/T−1/Tf>01/T-1/T_f>0 pour Ti≤T<TfT_i\leq T<T_f. L'intégrale est donc strictement positive lorsque Tf>TiT_f>T_i : le chauffage par contact avec ce thermostat est irréversible.