Exercice corrigé de thermodynamique

Compression monotherme : réversible ou brutale

Exercice 28 · Leçon 6 — Le second principe de la thermodynamique

  • compression monotherme
  • isotherme
  • travail
  • entropie produite
  • thermostat

Énoncé

Un cylindre diathermane contient nn moles de gaz parfait à (P0,V0,T0)(P_0,V_0,T_0). Il est en contact avec un thermostat à T0T_0. Un piston sans frottement permet de comprimer le gaz jusqu'à la pression P1=xP0P_1=xP_0, avec x>1x>1. On compare une compression réversible à une compression obtenue en imposant brutalement la pression extérieure constante P1P_1.

  1. Déterminer la pression, la température et le volume à l'équilibre final pour chacune des deux compressions. Obtient-on le même état final ?
  2. Calculer la variation d'entropie du gaz pour chaque compression.
  3. Calculer QQ et WW dans le cas réversible et dresser le bilan entropique pour le gaz et pour le thermostat.
  4. Calculer QQ et WW dans le cas de la compression brutale.
  5. Dresser le bilan entropique du gaz et du thermostat dans le cas brutal. Calculer l'entropie produite dans l'ensemble gaz—thermostat et montrer que Si=nR(x−1−ln⁡x)>0S_{\mathrm{i}}=nR(x-1-\ln x)>0. Vérifier que T0Si=Wirr−WrevT_0S_{\mathrm{i}}=W_{\mathrm{irr}}-W_{\mathrm{rev}}.

Indication

Indication
Dans les deux cas ΔU=0\Delta U=0. Pour la compression brutale, W=−P1(Vf−V0)W=-P_1(V_f-V_0) ; pour la compression réversible, intégrer −nRT0 dV/V-nRT_0\,\mathrm dV/V.

Solution détaillée

Solution
Question 1. Pour la compression réversible, le gaz reste en équilibre thermique avec le thermostat : sa température vaut T0T_0 tout au long de la transformation. Sa pression augmente progressivement de P0P_0 à P1=xP0P_1=xP_0. À l'état final,

Pf,rev=xP0,Tf,rev=T0,Vf,rev=nRT0xP0=V0x,P_{f,\mathrm{rev}}=xP_0,\qquad T_{f,\mathrm{rev}}=T_0,\qquad V_{f,\mathrm{rev}}=\frac{nRT_0}{xP_0}=\frac{V_0}{x},

où l'on a utilisé l'équation d'état initiale nRT0=P0V0nRT_0=P_0V_0.

Pour la compression brutale, la pression extérieure est imposée à P1P_1. À l'équilibre mécanique final, la pression du gaz égale cette pression extérieure : Pf,irr=P1=xP0P_{f,\mathrm{irr}}=P_1=xP_0. L'équilibre thermique final avec le thermostat impose Tf,irr=T0T_{f,\mathrm{irr}}=T_0. L'équation d'état donne alors

Vf,irr=nRTf,irrPf,irr=nRT0xP0=V0x.V_{f,\mathrm{irr}}=\frac{nRT_{f,\mathrm{irr}}}{P_{f,\mathrm{irr}}} =\frac{nRT_0}{xP_0}=\frac{V_0}{x}.

Les deux processus conduisent donc au même état final (Pf,Tf,Vf)=(xP0,T0,V0/x)(P_f,T_f,V_f)=(xP_0,T_0,V_0/x).

Question 2. L'entropie est une fonction d'état : sa variation ne dépend que des états initial et final, qui sont identiques dans les deux expériences. Pour le gaz parfait,

ΔSgaz=ncVln⁡TfT0+nRln⁡VfV0=ncVln⁡1+nRln⁡1x=−nRln⁡x.\Delta S_{\mathrm{gaz}} =nc_V\ln\frac{T_f}{T_0}+nR\ln\frac{V_f}{V_0} =nc_V\ln1+nR\ln\frac1x=-nR\ln x.

Ainsi ΔSgaz,rev=ΔSgaz,irr=−nRln⁡x<0\Delta S_{\mathrm{gaz,rev}}=\Delta S_{\mathrm{gaz,irr}}=-nR\ln x<0. Cette diminution de l'entropie du gaz ne préjuge pas de l'entropie produite : il faut aussi tenir compte des échanges avec le thermostat.

Question 3. Dans la compression réversible, Pext=P=nRT0/VP_{\mathrm{ext}}=P=nRT_0/V. Le travail reçu vaut

Wrev=−∫V0V0/xnRT0V dV=−nRT0[ln⁡V]V0V0/x=−nRT0ln⁡(1/x)=nRT0ln⁡x>0.\begin{aligned} W_{\mathrm{rev}}&=-\int_{V_0}^{V_0/x}\frac{nRT_0}{V}\,\mathrm dV\\ &=-nRT_0[\ln V]_{V_0}^{V_0/x} =-nRT_0\ln(1/x)=nRT_0\ln x>0. \end{aligned}

Le gaz retrouve sa température initiale, donc ΔU=ncV(T0−T0)=0\Delta U=nc_V(T_0-T_0)=0. Le premier principe ΔU=Q+W\Delta U=Q+W donne Qrev=−WrevQ_{\mathrm{rev}}=-W_{\mathrm{rev}}. Le thermostat reçoit la chaleur opposée, à température T0T_0 :

ΔSth,rev=−QrevT0=nRln⁡x.\Delta S_{\mathrm{th,rev}}=\frac{-Q_{\mathrm{rev}}}{T_0}=nR\ln x.

L'entropie reçue par le gaz vaut Se,rev=Qrev/T0=−nRln⁡xS_{\mathrm{e},\mathrm{rev}}=Q_{\mathrm{rev}}/T_0=-nR\ln x, donc Si,rev=ΔSgaz−Se,rev=0S_{\mathrm{i},\mathrm{rev}}=\Delta S_{\mathrm{gaz}}-S_{\mathrm{e},\mathrm{rev}}=0. Le thermostat reçoit l'entropie Se,th=−Qrev/T0S_{\mathrm{e},\mathrm{th}}=-Q_{\mathrm{rev}}/T_0, égale à sa variation d'entropie : il n'en produit pas non plus. En additionnant, ΔSgaz+ΔSth,rev=0\Delta S_{\mathrm{gaz}}+\Delta S_{\mathrm{th,rev}}=0 : l'entropie produite dans l'ensemble est nulle.

Question 4. La compression brutale s'effectue sous la pression extérieure constante P1P_1. Le travail reçu vaut donc

Wirr=−P1(Vf−V0)=−xP0(V0x−V0)=P0V0(x−1)=nRT0(x−1)>0.\begin{aligned} W_{\mathrm{irr}}&=-P_1(V_f-V_0) =-xP_0\left(\frac{V_0}{x}-V_0\right)\\ &=P_0V_0(x-1)=nRT_0(x-1)>0. \end{aligned}

On a encore ΔU=0\Delta U=0, donc Qirr=−nRT0(x−1)Q_{\mathrm{irr}}=-nRT_0(x-1).

Question 5. Le thermostat reçoit −Qirr-Q_{\mathrm{irr}}, d'où

ΔSth,irr=−QirrT0=nR(x−1).\Delta S_{\mathrm{th,irr}}=\frac{-Q_{\mathrm{irr}}}{T_0}=nR(x-1).

Le bilan du gaz s'écrit

ΔSgaz=QirrT0+Si,Si=−nRln⁡x+nR(x−1).\Delta S_{\mathrm{gaz}}=\frac{Q_{\mathrm{irr}}}{T_0}+S_{\mathrm{i}}, \qquad S_{\mathrm{i}}=-nR\ln x+nR(x-1).

Pour le thermostat idéal, l'entropie reçue vaut −Qirr/T0-Q_{\mathrm{irr}}/T_0, égale à sa variation : il ne produit pas d'entropie. L'ensemble gaz—thermostat ne reçoit pas de chaleur d'un autre corps ; le travail apporté de l'extérieur ne transporte pas d'entropie. Son augmentation d'entropie est donc produite :

Si=ΔSgaz+ΔSth,irr=−nRln⁡x+nR(x−1).S_{\mathrm{i}}=\Delta S_{\mathrm{gaz}}+\Delta S_{\mathrm{th,irr}} =-nR\ln x+nR(x-1).

Posons f(x)=x−1−ln⁡xf(x)=x-1-\ln x. Alors f(1)=0f(1)=0 et f′(x)=1−1/x=(x−1)/x>0f'(x)=1-1/x=(x-1)/x>0 pour x>1x>1. La fonction croît à partir de zéro, donc Si=nRf(x)>0S_{\mathrm{i}}=nRf(x)>0. D'autre part,

Wirr−Wrev=nRT0(x−1)−nRT0ln⁡x=T0Si.W_{\mathrm{irr}}-W_{\mathrm{rev}} =nRT_0(x-1)-nRT_0\ln x=T_0 S_{\mathrm{i}}.

Comme Q=−WQ=-W dans les deux cas, le travail supplémentaire est rejeté sous forme de chaleur vers le thermostat. C'est le coût de l'irréversibilité.