Exercice corrigé de thermodynamique
Carnot (1824) : rendement universel par l'absurde
Exercice 59 · Leçon 10 — Machines thermiques
- Carnot
- rendement
- machine réversible
- second principe
- calorique
- histoire
- impossibilité
Version de travail — cet exercice est encore en cours de relecture.
Énoncé
Carnot se demande si le rendement d'une machine thermique dépend du fluide de travail ou de la construction mécanique. Il considère deux machines et réversibles fonctionnant entre les mêmes sources chaude () et froide (), de rendements respectifs . On admet l'énoncé de Clausius du second principe : il est impossible qu'un système échange spontanément de la chaleur d'une source froide vers une source chaude sans qu'aucun travail ne soit fourni de l'extérieur.
- fonctionne en moteur : elle prélève à la source chaude et en rejette à la source froide. Quel travail produit-elle par cycle ?
- On utilise la totalité de ce travail pour actionner en sens inverse (cycle récepteur, comme une pompe à chaleur). Exprimer, en fonction de et , la chaleur que rejette alors à la source chaude et la chaleur qu'elle prélève à la source froide.
- Vérifier que le travail net échangé avec l'extérieur par l'ensemble est nul, puis calculer le bilan net de chaleur reçu par la source chaude et par la source froide. Que constate-t-on ?
- Conclure sur l'existence de pour deux machines réversibles entre mêmes sources. Que dit-on aujourd'hui de ce raisonnement, alors que Carnot croyait au calorique ?
Indication
Solution détaillée
Question 2. Fonctionnant en sens inverse et consommant un travail , vérifie toujours (même relation qu'en moteur, mais est maintenant rejetée à la source chaude), d'où . Le premier principe sur son cycle donne . Question 3. L'ensemble reçoit de l'extérieur pour actionner , mais restitue ce même à l'extérieur : le bilan de travail net est donc nul, et le dispositif combiné n'échange que de la chaleur avec ses deux sources. Le bilan à la source chaude est la source chaude reçoit un flux net de chaleur (elle en reçoit plus de qu'elle n'en cède à ). Par conservation de l'énergie (travail net nul), la source froide doit céder exactement ce même flux : Sans aucun travail net échangé avec l'extérieur, ce dispositif fait donc passer spontanément une chaleur de la source froide vers la source chaude. Question 4. C'est très exactement ce que l'énoncé de Clausius interdit. Comme et sont toutes deux réversibles, on peut échanger leurs rôles et refaire le même raisonnement en sens inverse : l'hypothèse (et de même ) est donc impossible, si bien que . Toutes les machines réversibles fonctionnant entre les mêmes températures et ont donc nécessairement le même rendement, quels que soient le fluide de travail et les détails de construction. Ce raisonnement par l'absurde, purement logique, reste entièrement valable aujourd'hui : Carnot avait raison sur la structure de l'argument, bien qu'il croyait encore le calorique conservé (une substance matérielle qui se contenterait de « tomber » du chaud vers le froid comme l'eau d'une cascade, sans que la chaleur puisse se convertir en travail). Seule l'expression numérique lui manquait, faute d'une définition rigoureuse de la température absolue — ce que Kelvin fournira vingt ans plus tard (cf. leçon 10).