Exercice corrigé de thermodynamique
Clausius (1850) : réconcilier Carnot et la conservation de l'énergie
Exercice 60 · Leçon 10 — Machines thermiques
- Clausius
- entropie
- second principe
- Carnot
- conservation de l'énergie
- histoire
Version de travail — cet exercice est encore en cours de relecture.
Énoncé
Le premier principe autorise a priori un moteur cyclique monotherme convertissant intégralement une chaleur en travail (, rendement 100\%). Carnot, lui, affirme qu'aucune machine ne peut avoir un rendement supérieur au cycle réversible entre deux sources . On se propose de retrouver, comme Clausius, une conséquence quantitative de ce résultat.
On modélise le fluide moteur par un gaz parfait de coefficient parcourant un cycle de Carnot réversible : une détente isotherme à (, volumes ), une détente adiabatique (, la température passant de à ), une compression isotherme à (, volumes ), puis une compression adiabatique (, ramenant le gaz à ).
- Écrire le bilan énergétique de ce moteur : exprimer le travail produit par cycle en fonction de la chaleur reçue à et de la chaleur rejetée à (comptées positivement), et en déduire en fonction de et .
- Exprimer (reçue sur ) et (rejetée sur ) à l'aide de , , , et des volumes .
- En appliquant la loi de Laplace sur chacune des deux branches adiabatiques et , montrer que .
- On définit pour chaque échange réversible (en comptant algébriquement pour la chaleur reçue et pour la chaleur rejetée). En utilisant les questions précédentes, montrer que sur ce cycle réversible.
- Un moteur réel de rendement rejette, pour la même chaleur reçue, une chaleur au froid (où est la valeur réversible de la question précédente). Que vaut alors ? Interpréter le signe obtenu à la lumière de l'inégalité de Clausius .
- En quel sens Clausius a-t-il « comblé » la lacune de Carnot tout en conservant son résultat sur le rendement maximal ?
Indication
Solution détaillée
Question 2. Sur l'isotherme à : (positif car , le gaz se détend). Sur l'isotherme à , le gaz est comprimé () et rejette la chaleur . Question 3. Sur (adiabatique, ) : , soit . Sur (adiabatique, ) : , soit . Les deux membres de droite étant égaux, , c'est-à-dire . Cette égalité ne doit rien à l'entropie : elle découle uniquement de la loi de Laplace sur les deux branches adiabatiques. Question 4. D'après la question 2, . Or la question 3 donne , donc ce rapport vaut et . Question 5. Puisque est inchangée mais , on a (question 4), donc Pour ce moteur irréversible, : c'est bien compatible avec (et un cas particulier de) l'inégalité de Clausius , l'égalité n'ayant lieu que dans le cas réversible. Le signe négatif traduit le fait qu'une partie de la chaleur prélevée à la source chaude est, à cause de l'irréversibilité, rejetée « en pure perte » à la source froide sans avoir produit de travail supplémentaire : le rendement réel est nécessairement inférieur à . Question 6. Clausius accepte la conservation de l'énergie établie par Mayer et Joule, et remarque que la quantité , nulle pour tout cycle réversible (question 4) et strictement négative dès qu'une irréversibilité intervient (question 5), ne dépend que de l'état du système : elle définit une fonction d'état, l'entropie , telle que le long d'une transformation réversible, et qui ne peut que croître dans un système isolé. Carnot avait donc parfaitement raison sur l'existence d'un rendement maximal universel ; il lui manquait seulement cette grandeur d'état permettant de quantifier, au-delà du seul cas réversible, le degré d'irréversibilité de n'importe quelle transformation.